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Bonne lecture.

Charles Péguy. Une humanité française

De « L’école » à « La paroisse invisible » en passant par « La République », faisant la synthèse des biographies précédentes – avec une prédilection pour celle de Daniel Halévy – et faisant la part belle aux écrits et aux témoignages, cet ouvrage, un rien hagiographique, s’il ne bouleverse pas notre connaissance, se lit avec le plaisir et l’intérêt communiqués par un auteur persuadé que la lecture de Péguy « aide à comprendre et libère ».
D’où vient que Charles Péguy soit un héros à éclipse ? Certes, son style, prose ou poésie, a vieilli et il faut toute la foi normalienne d’Arnaud Teyssier pour le comparer à Proust. Certes aussi les positions successives et contradictoires de cet enragé du verbe lassent les certitudes historiques de nos temps simplificateurs : peut-on être à la fois défenseur de Dreyfus et contempteur du « droits-del’hommisme », aimer la république et tonner contre Jaurès, défaire – parfaire ? – le socialisme en christianisme, être récupérable à la fois par Vichy et par la Résistance ?
Au juste, ce qui l’éloigne ou le rapproche de nous, c’est qu’il est un penseur obsédé de la France défaite. Or toutes les périodes ne se prêtent pas à l’introspection douloureuse. Dans cette obsession, Péguy nous livre son temps mieux que bien d’autres. Écoutons-le nous dire, dans un passage judicieusement mis en valeur par Arnaud Teyssier, ce que fut le poids de la défaite de 1870 : « Les hommes de ma génération, nés immédiatement après la guerre, ont été élevés dans ce témoignage même. […] J’ai appris, depuis, bien des géographies et bien des histoires, bien des religions et bien des philosophies, bien des métaphysiques et beaucoup de simples physiques ; mais toutes les connaissances que j’ai reçues de mes bons maîtres, et à titre de bon élève, dans ma mémoire ne sont que des sottes, auprès de la connaissance intégrale que j’ai, l’ayant eu pour mère et pour nourrice, de ce que fut notre mère la France au lendemain de la défaite. » On signalera aussi la réédition aux éditions des Équateurs de L’Argent avec une belle préface d’Antoine Compagnon.

Par Arnaud Teyssier