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Chateaubriand

Chateaubriand est un passeur écartelé, entre Monchoix, séjour enchanté de sa famille maternelle, et les sombres tours de Combourg, entre Saint-Malo et Paris, entre l'ancien et le nouveau monde, entre la monarchie de droit divin et les libertés démocratiques dont il pressentit et hâta l'avènement. Entre sa présentation à Louis XVI à Versailles en 1787 et sa visite à Prague en 1833 à son frère détrôné, il a vu la France pivoter sur l'axe le plus important de son histoire, la Révolution, et compris, dans la douleur et l'espérance mêlées, que le cher passé était en effet révolu. C'est pourquoi le parti légitimiste, auquel il tenait de toutes ses fibres, ne le reconnut guère pour l'un des siens, tandis que la jeunesse libérale salua en lui le XIXe siècle en marche vers le progrès.

La figure du conservateur éclairé n'est guère représentée dans la culture politique française. Chateaubriand, la passion en plus, y précéda son jeune cousin Tocqueville, tentant, dès 1814, de « saturer de libertés la Légitimité ». Dès 1804, il avait rompu avec le despotisme naissant de Bonaparte ; en 1829, il démissionne de la plus belle ambassade du monde Rome dès l'annonce de la formation du ministère Polignac qui menace le système représentatif. Belle continuité chez un personnage souvent tenu comme un sauteur inconséquent au seul service de sa propre vanité !

Il n'importe dès lors que les Mémoires d'outre-tombe soient, de l'aveu même de leur auteur, de « l'histoire portée en croupe par le roman ». Car, pour Jean-Claude Berchet qui retrace son parcours sans en perdre un pas, le vieux magicien a su lier la littérature, l'amour et la politique en un bouquet superbe, et sans précédent avant lui.

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Chateaubriand, par Jean-Claude Berchet, Gallimard, 2012, 1050 p., 29.50 euros.

Par Jean-Claude Berchet