Note au lecteur

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Fichés ? Photographie et identification, 1850-1960

L'histoire de la photographie est liée à celle de la fiche d'identification. Des premiers balbutiements sous le Second Empire jusqu'au recensement de 1960 en Algérie, l'identification photographique permet à l'État de ficher, d'archiver et de contrôler l'identité des individus. Trente spécialistes écrivent l'histoire sociale, politique et culturelle du portrait d'identité.

Urbanisation, transport et mobilité sociale, criminalité « explosive » selon la presse à sensation qui exploite les faits divers, invention de la nationalité : depuis 1850, de nouveaux enjeux sociaux et politiques actualisent les questions d'identité. Après le casier judiciaire, la fiche de signalement s'ajoute à la photographie dont la forme judiciaire gagne l'Europe à l'instar des « passe-ports » et du « portrait parlé » des délinquants que file la police. Vers 1890, le Service d'identification à la Préfecture de police archive déjà 100 000 portraits ! Prévenus, récidivistes, bagnards... : les justiciables sont photographiés et fichés, tout comme les malades, les enfants handicapés, les nomades 1912, les résistants traqués après 1940.

Carte d'identité des étrangers et des Français, dossiers des réfugiés et apatrides, passeports, « fiche de situation » des ouvriers dans les mines, fichage des émigrés d'Algérie, recensement des déportés après 1945, carte biométrique : manuel ou informatisé, le fichage individuel est un repérage visuel de l'identité pour le contrôle social des gouvernés.

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Fichés ? Photographie et identification, 1850-1960, par Jean-Marc Berlière et Pierre Fournié (dir.), Perrin-Archives nationales, 2011, 335 p., 28 euros.

Par Jean-Marc Berlière, avec Laurent Chabrun, Pierre Fournié