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Histoire de l'Algérie à la période coloniale, 1830-1962

Est-ce un tournant dans l'historiographie de l'Algérie coloniale ? Saluons du moins l'entreprise. Deux éditeurs, l'un français, l'autre algérien, se sont attelés à la publication de ce livre. Il en résulte une belle synthèse d'un ensemble de recherches récentes. 70 auteurs français, algériens et anglo-saxons, dont certains de grand talent, nous présentent 80 contributions. Quelques-unes, dont celle de Jean-Pierre Peyroulou sur l'essor de l'Algérie algérienne (1919-1944), méritent une mention spéciale.

Sans doute pourra-t-on discuter de certains aspects du projet. Car il s'agit moins de retracer une histoire de l'Algérie à la période coloniale que d'inscrire dans la longue durée la lutte pour l'indépendance. Du coup, le lecteur reste un peu sur sa faim. Les importantes colonies italienne ou espagnole, la crise démographique et la terrible famine de 1868, les crises antisémites n'ont pas la place qu'elles méritent. A de rares exceptions (de belles envolées sur la période vichyste), les Européens n'apparaissent qu'à la lumière de leur politique coloniale, aspect fondamental mais loin d'être unique.

En fait, le propos est ailleurs. Il s'agit surtout d'une histoire de la résistance et du nationalisme algériens. Au fil des pages se dessine la façon dont ils trouvent leur légitimité dans les violences de la conquête et le statut d'infériorité imposé aux « indigènes ». Considérés comme « sujets français », on leur a toujours refusé, sauf à de rares exceptions (sénatus-consulte de 1865), la nationalité française pour de fausses raisons de statut personnel.

Au terme se cette fresque, la guerre d'Algérie apparaît donc comme l'aboutissement de la longue reconquête d'une dignité toujours rejetée. L'échec des réformes libérales - celle de 1887 ou le projet Blum-Viollette inspiré par le gouvernement de Front populaire -, si prudentes fussent-elles, montre bien qu'au refus d'ouverture des uns ne pouvait répondre, dans le sang, que la détermination des autres.

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Histoire de l'Algérie à la période coloniale, 1830-1962 par Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault dir., La Découverte-Barzakh, 2012, 717 p., 28,50 euros.