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L'École républicaine et la question des savoirs. Enquête au coeur du « Dictionnaire de pédagogie »

Un « chef-d’oeuvre », un « monument », un « réservoir de pensée toujours actuel », un « panthéon de la pédagogie » : c’est en ces termes emphatiques que les directeurs de cet ouvrage et son préfacier parlent du Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, dont la première édition - 5 500 pages, quatre volumes - s’étale de 1878 à 1887, tandis que la seconde, en 1911, était réduite à 2 000 pages et à deux volumes. A ce qu’il n’hésitait pas à appeler la « cathédrale de l’école primaire », Pierre Nora avait consacré, en 1984, un mémorable « lieu de mémoire ».

Agrégé de philosophie, docteur ès lettres, exilé volontaire sous le Second Empire pour n’avoir pas à prêter serment à Napoléon III, promu inspecteur général de l’Instruction publique, Buisson fut surtout directeur de l’enseignement primaire au ministère de l’Instruction publique de 1879 à 1896, c’est-à-dire pendant la grande période des fondations de la IIIe République, et notamment des grandes lois scolaires des années 1880. Il sera élu député radical dans le bloc des gauches en 1902.

Le Dictionnaire qu’il dirige, et auquel il a su atteler plus de 300 collaborateurs, est une encyclopédie de notions et de théories relatives à l’école, à ses institutions, à ses méthodes. Mais c’est aussi une galerie de portraits des principaux pédagogues de tous les temps et un « dictionnaire des leçons » destiné aux maîtres.

L’entreprise de Daniel Denis, Pierre Kahn et de leurs collègues de l’IUFM de Versailles a été de revisiter les deux éditions de cette « oeuvre monumentale ». Toutes les disciplines sont envisagées, chapitre par chapitre, dans l’ordre énoncé par la loi relative à l’obligation de l’enseignement primaire du 28 mars 1882 : l’instruction morale et civique, la lecture et l’écriture, la langue et les éléments de la littérature française, la géographie et, bien sûr, l’histoire.

Sur l’enseignement de cette discipline, pas de surprise. On retrouvera ici les préconisations de l’« instituteur national » Ernest Lavisse : l’histoire sert à former des patriotes républicains. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce dictionnaire n’a rien d’un catéchisme : les collaborateurs de Buisson ont des appartenances politiques très variées et des convictions qui ne convergent pas nécessairement. Du point de vue pédagogique, qui est celui de cette étude, une « tension majeure » est notable tout au long de l’analyse : entre tradition et modernité. Tradition : le recours aux procédés éprouvés de la mémoire et de l’apprentissage livresque ; modernité : une pédagogie active, « sollicitant la curiosité, l’observation et le jugement personnel des enfants ». C’est dire si cet ouvrage n’a rien perdu de son actualité.

Par Daniel Denis, Pierre Kahn