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L'homme qui se prenait pour Napoléon. Pour une histoire politique de la folie

Qu'un délire d'identification se fixe sur la figure de Napoléon est compréhensible. Encore fallait-il comprendre le sens de ce transfert. Avec brio, Laure Murat entreprend de dénouer la complexité des liens entre la folie et l'histoire, dans le Paris des années 1789 à 1871, épicentre des révolutions, contemporaines de la naissance de l'aliénisme, élaborant ainsi un « récit croisé de l'évolution de la psychiatrie et de l'histoire politique ».

Cette passionnante recherche repose sur des archives hospitalières et policières qui captent autant des vies minuscules que les appréhensions et les attentions du pouvoir et du corps médical, en prise lui aussi avec l'histoire. Elle établit ainsi une relation entre les faits historiques, le déclenchement de pathologies mentales et leur expression délirante, mais constate aussi que les temps agités sont un dérivatif salutaire à la fuite dans la folie.

Tous les événements n'ont pas le même impact traumatique : la guillotine continue tout le XIXe siècle de « faire perdre la tête » sans toutefois la couper, l'échec de 1830 provoque le désespoir d'une génération, 1848 place la politique au premier rang des causes d'internement, quel que soit le sexe, preuve de la nouvelle insertion des femmes dans la cité. Qu'en penser quand les psychiatres sont à la fois les concepteurs et les interprètes de ce tableau clinique ? Ainsi passent-ils de la folie individuelle, moteur de l'engagement, à l'aliénation collective des révolutionnaires, atteints de monomanie politique, voire de maladie démocratique ! Pathologiser la révolution instaure, dès lors, la confusion entre révolte politique et folie, prison et asile. La Commune est le point d'orgue de cette politisation de la psychiatrie, qui détecte la folie meurtrière dans les exactions des révoltés mais n'interroge jamais la nature de la répression.

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L'homme qui se prenait pour Napoléon. Pour une histoire politique de la folie, par Laure Murat, Gallimard, 2011, 373 p., 24,90 euros.

Par Laure Murat