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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

L'Iran. Naissance d'une république islamique

Une excellente mise au point sur l’Iran moderne, dont l’histoire des XIXe et XXe siècles est celle d’une modernisation avidement recherchée et à demi manquée.

La comparaison qui s’impose avec l’Empire ottoman réformateur d’après 1840, voisin et rival, souligne l’archaïsme de l’Iran du XIXe siècle : économie rudimentaire, population clairsemée, poids des tribus, armée impuissante, exclusion des minoritaires et des femmes de la scène publique confirmée jusque dans la première Constitution du pays 1906. Et puis, beaucoup plus que l’Empire ottoman, l’Iran subit, dès la fin du XIXe siècle, la domination de ses voisins, la Russie au nord et l’Angleterre, maîtresse des Indes et du Golfe, au sud.

L’histoire du XXe siècle, après la chute de la dynastie qadjar 1925 et l’avènement de Reza Chah, se résume à la longue course du pays, aiguillonné cruellement par des régimes autoritaires, impérial, puis islamique, pour rattraper ce retard. Le dévoilement imposé des femmes 1936 fait pendant à leur revoilement forcé 1980, et l’ascension politique de Khomeyni commence avec son opposition au droit de vote féminin, imposé par le Chah 1963. Comme le fait remarquer Yann Richard, cette modernisation brutale n’a pas manqué toutes ses cibles : la fécondité iranienne est tombée de 6 à 2 enfants par femme entre 1975 et 2005 ; il y a désormais plus de filles que de garçons dans les universités du pays.

Ambiguïtés et paradoxes que l’auteur souligne pour corriger une image indiscutablement négative. On lui sait gré de cette empathie, non sans quelque gêne parfois. Il lui est loisible de faire le procès de l’action en Iran de l’Occident de l’Angleterre et des États-Unis surtout ; mais peut-être l’inverse serait-il aussi utile. En 1943, un fonctionnaire britannique, confronté à la perspective des futures revendications soviétiques sur le nord de l’Iran, faisait remarquer que si les Alliés gagnaient cette guerre ils le devraient pour beaucoup aux Russes, et pour rien aux Iraniens... Au total, l’Iran a perdu deux guerres mondiales sans en livrer aucune ; puis une troisième, contre l’Irak de Saddam 1980-1988, faute du soutien cette fois d’un Occident échaudé par la révolution islamique.

Plus que jamais, les relations entre l’Iran et l’Occident sont porteuses d’enjeux consi­dérables. Ce livre nous aidera à les démêler un peu.

Par Yann Richard