Les Disparus

« Jadis, quand j’avais 6 ou 7 ou 8 ans, il m’arrivait d’entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer. » C’est que Daniel ressemble à Shmiel, le frère de son grand-père, qui avec sa femme « et ses quatre filles » sont morts, « tués par les nazis », à Bolechow-Bolekhiv Ukraine. Devenu universitaire nourri de grec et de littérature, Daniel Mendelsohn part en quête de ce grand-oncle et de sa famille, mû par le besoin de comprendre ce qui se cache derrière cette expression « tués par les nazis » et qui étaient ceux de sa famille qui n’avaient pas traversé l’Atlantique à temps. Une véritable odyssée, scandée par des textes bibliques et leur exégèse, qu’il narre avec grand talent.

L’intérêt historique d’un tel ouvrage est évident. Le destin d’une famille est reconstitué par petites touches au gré des découvertes glanées notamment parmi la Diaspora des survivants en Australie, Israël, Europe et États-Unis. Mieux que par certaines études historiques, le lecteur prend conscience de ce que fut le génocide en Ukraine, les morts par fusillade, les charniers, la complicité, mais parfois aussi la solidarité à en mourir, des populations locales.

Un beau livre qui permet aussi de sentir ce qu’est l’emprise de ces morts sur les vivants, deux générations après l’événement.

Par Daniel Mendelsohn