Les Vérités inavouables de Jean Genet

Cet essai se présente comme une relecture du « cas Genet ». L’auteur, ayant eu accès au dossier du pupille à l’Assistance publique de la Seine, soutient que Jean Genet a été choyé dans sa famille d’accueil et qu’il n’a pas vécu cette enfance malheureuse qui aurait déterminé son destin à venir, celui de voleur en particulier.

Une thèse qui va à l’encontre des assertions d’une vulgate largement inspirée par le célèbre essai de Sartre, Saint Genet, comédien et martyr , publié en 1952, et par l’intéressé lui-même. Bien loin d’être la marâtre trop souvent dénoncée, l’administration, selon Ivan Jablonka, aurait montré à l’égard de Jean Genet une bienveillance durable, toujours attentive à ne pas l’accabler.

En réalité, seuls la fugue et le vagabondage, interprétés par la psychiatrie de l’époque comme des indices d’anormalité, l’amèneront à des déboires judiciaires. Pour le biographe, ce comportement de fuite ne découle pas d’une révolte contre son milieu d’origine, mais d’une incompatibilité profonde avec l’école professionnelle à laquelle l’Assistance publique vouait ordinairement les pupilles. L’intelligence exceptionnelle de l’adolescent et son excellence scolaire lui avaient rendu insupportable d’être exclu des filières du savoir et de la réussite sociale.

Dès lors, une formidable rancoeur contre une société républicaine et bourgeoise, ressentie comme injuste et oppressive, ne cessa plus de l’animer. Ainsi Genet se réjouit de la défaite de 1940, il célébra les crimes nazis et les exactions de la milice, par lesquels les « honnêtes gens » connaissaient à leur tour persécutions et humiliations.

De même, c’est au prix d’une ambiguïté induite par son exaltation des figures du Mal et sa haine de la démocratie libérale que ses prises de position ultérieures en faveur des nationalistes algériens, des Palestiniens, des Black Panthers l’ont souvent campé en homme de gauche.

Un livre qui ne manquera pas, sans doute, de susciter le débat, Genet demeurant pour beaucoup une idole. A suivre.

Par Ivan Jablonka