Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés. Pour les autres lecteurs, il est payant. Bonne lecture.
État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Maquis noirs et faux maquis, 1943-1947

Si les Glières comme le Vercors composent la face lumineuse de la Résistance française, d'autres réalités plus troublantes ont contribué à altérer son image. Sous l'Occupation, voire après la Libération, de faux maquis et des maquis noirs placèrent en effet des régions entières sous la terreur, rançonnant les populations et n'hésitant pas à recourir à l'assassinat. Historien remarqué pour sa brillante étude du marché noir La France du marché noir, Payot, 2008, Fabrice Grenard revient sur cette affaire, en en démontant la complexité.

Car le même pavillon couvrit parfois des marchandises bien diverses. Certains criminels, tout d'abord, masquèrent leurs coupables agissements sous la flatteuse étiquette de l'armée des ombres, à l'instar du maquis Maurice dans l'Yonne. D'autres bandits créèrent d'authentiques formations résistantes tout en menant en parallèle leurs affaires, à l'exemple du maquis Lecoz, près de Loches, dont les raids courageux n'empêchaient pas son chef de mener une existence de satrape. Quelques formations, enfin, furent entraînées dans une dérive violente. Dans la région de Montpellier, le maquis Bir Hakeim usa ainsi de méthodes si expéditives que les populations locales, soumises à des réquisitions brutales, crurent qu'il s'agissait d'un faux maquis. Ajoutons pour faire bon poids qu'après la guerre des violences commises dans le contexte de guerre furent détournées pour salir d'authentiques héros, le plus souvent communistes, accusés d'avoir agi en criminels. Georges Guingouin fut assurément la plus célèbre de ces victimes calomniées.

On l'aura compris, l'ouvrage de Fabrice Grenard offre une synthèse bienvenue d'un phénomène connu mais jusque lors ignoré des historiens. On pourra regretter que le départ entre ce qui relève du maquis d'une part, de la criminalité organisée de l'autre n'ait pas toujours été nettement tracé : pourquoi, par exemple, s'intéresser au milieu marseillais ou à la bande Bonny-Lafont dont les liens avec les logiques du maquis apparaissent pour le moins ténus ? Cette réserve faite, on lira avec plaisir une recherche rondement menée qui confirme l'infinie complexité des années sombres que les historiens ne cessent de redécouvrir.

----------------------

Maquis noirs et faux maquis, 1943-1947 par Fabrice Grenard, Vendémiaire, 2011, 190 p., 18 euros.

Par Fabrice Grenard