Napoléon III

Rarement homme politique aura accumulé sur son nom autant de clichés que Napoléon III. Le livre de Pierre Milza n’est pas simplement une biographie de plus, ni une entreprise pour « réhabiliter » un homme dont la légende noire a été colportée par la littérature depuis Hugo - son ennemi intime - et Zola. « Ni pamphlet ni hagiographie », énonce l’historien, juste l’envie de redécouvrir un personnage essentiel de notre histoire contemporaine.

Remontant aux origines des fascismes, dont il s’est fait le spécialiste, Pierre Milza s’est, au départ, intéressé aux sources du national-populisme au XIXe siècle. Il élucide ici les relations qu’entretient le futur empereur avec cette forme de pensée et d’action. Pour comprendre cet homme aux vies multiples, et volontiers secret, le biographe souligne l’importance de ses années de formation. Sa destinée aventureuse le conduit de Suisse à Londres. Il découvre en Angleterre la révolution industrielle, qui lui servira de modèle économique des années plus tard.

Le 2 décembre 1851 lui ouvre la voie vers l’Empire, aboutissement naturel d’un parcours politique effectué dans le souvenir glorieux de son oncle. L’auteur revient sur cette nuit qui a longtemps marqué le règne de Napoléon III du sceau de l’infamie. Le coup d’État - 400 morts - est replacé dans son contexte, celui d’une tension croissante avec une Chambre monarchiste et une république qui avait tout de même fait 5 000 victimes lors de la répression de juin 1848. En 1851, les couteaux sont tirés : c’est soit le prince-président, soit l’Assemblée. Napoléon III établit un régime d’ordre, capable de lutter contre les menées des agitateurs qui inquiètent les possédants.

Pour autant, le nouveau régime accepte l’héritage de la Révolution. L’empereur se passionne pour les grands travaux et le développement économique, qui n’a de sens - il l’a lui-même souvent écrit - que s’il permet d’améliorer le sort des Français et de favoriser ainsi l’unité nationale.

Sa politique étrangère - le Mexique, le soutien initial à Bismarck plutôt qu’à François-Joseph puis la guerre avec la Prusse - causera sa perte.

Pierre Milza jette un regard neuf sur le rôle, plus actif qu’on ne l’a cru, des oppositions à un souverain qui se sait condamné par la maladie. In fine , Napoléon III croit en un empire parlementaire, dont il confierait les rênes à son jeune fils. Alors que le destin, un 2 septembre 1870, en décide autrement, l’ironie de l’histoire est sans doute dans le triomphe posthume d’un modèle politique original imaginé par les Bonaparte, qui ne cessera de hanter la vie politique française jusqu’à la Ve République.

Par Pierre Milza