Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés. Pour les autres lecteurs, il est payant. Bonne lecture.
État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie

L'ouvrage de Samuel D. Kassov est un grand livre. Il conte la formidable histoire d'une « société sacrée » secrète, l'Oyneg Shabes en yiddish, l'Oneg Shabat en hébreu « allégresse du shabbat », qui, sous la houlette d'Emanuel Ringelblum, chroniqua la vie juive du ghetto de Varsovie sous l'occupation allemande. Ces archives furent enterrées, exhumées en partie en 1946 et 1950 grâce à l'opiniâtreté d'une des trois survivants de ce groupe de résistants, Rachel Auerbach.

Emanuel Ringelblum 1900-1944 était un militant du parti ouvrier sioniste de gauche, le Linke Poale Tsion, et un historien qui s'enthousiasma quand le Yivo, institution scientifique yiddish, fut créée, en 1926. Il fut un ardent promoteur du « Zamlung », de la collecte de matériaux, permettant l'étude de la langue, des traditions populaires, etc. et l'écriture de l'histoire des gens ordinaires.

Le 20 novembre 1940, dans le ghetto de Varsovie fermé par une muraille, Ringelblum organisa une cellule de résistance unique au monde, « une bande de camarades », composée d'enseignants, de rabbins, de chercheurs, d'écrivains, d'hommes d'affaires, de jeunes gens idéalistes, de toutes les sensibilités politiques, écrivant en yiddish, mais aussi en hébreu et en polonais, réunis dans une entreprise collective et clandestine vouée à l'histoire. L'enquête orale, le concours d'écriture, les rédactions des enfants, la collecte des traces matérielles, jusqu'aux emballages, devaient permettre d'écrire sur des sujets aussi variés que les relations entre les Juifs et les Polonais, les moeurs dissolues dans le ghetto, la corruption, la police juive ou la façon dont les enfants imaginaient l'après-guerre.

Il faudrait sortir Emanuel Ringelblum du ghetto de l'histoire des Juifs. Partisan d'une histoire engagée, écrite avec et pour ce qu'il considérait comme son peuple, mais qui ne pouvait trouver sa justification que dans l'archive, Emanuel Ringelblum est bien un grand historien.

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Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie. Emmanuel Ringelblum et les Archives d'Oyneg Shabes, par Samuel D. Kassov, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Grasset, 2011, 608 p., 25 euros.

Par Samuel D. Kassov