Note au lecteur

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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Esclavage, métissage, liberté. La Révolution française en Guadeloupe, 1789-1802

L’esclavage est un sujet à la mode. De nombreux ouvrages lui ont été consacrés - et les Antilles n’ont pas été oubliées. L’intérêt du travail de Frédéric Régent est d’aborder la question des libres de couleur. Recoupant des sources multiples, parmi lesquelles les archives notariales et les recensements ont joué un rôle clé, l’auteur nous dresse un portrait à la fois clair et fin de la société esclavagiste guadeloupéenne, en replongeant bien avant la Révolution.

Loin de tout manichéisme, le livre insiste plus sur les stratégies de ceux qui s’accommodaient du système esclavagiste que sur les actes de résistance des esclaves. Car la hiérarchie en place, fondée sur la couleur, favorisait au sein de la plantation tous ceux dont le sang était « mêlé ». Ceux-là, qui pouvaient espérer être affranchis plus facilement que les autres, contribuaient au maintien du système. Devenus plus nombreux et plus aisés, ils tentèrent de saisir l’occasion offerte par la Révolution pour, non pas remettre en cause l’ordre colonial, mais y renforcer leur influence.

C’est aussi, souvent, plus en fonction de leurs intérêts qu’au nom de principes idéologiques que ces hommes et ces femmes choisissaient un camp ou oscillaient entre deux.

Sous le régime de la liberté 1794-1802, nombre d’entre eux réussirent à renforcer notablement leur position, grâce à l’armée, au commerce et, surtout, à la guerre de course. Mais, conduits à réprimer les paysans, ils furent bien incapables de constituer un front uni pour une lutte efficace contre le rétablissement de l’esclavage, après 1802. Tiré d’une thèse de doctorat, ce livre sérieux, solide et fort utile se lit aussi avec plaisir.

Par Frédéric Régent