Géopolitique du XVIe siècle, 1490-1618 / De la paix des rois à l'ordre des empereurs, 1714-1815

Ces deux volumes font partie d’une Nouvelle histoire des relations internationales qui se propose de rendre accessible le profond renouvellement d’un secteur important de la recherche. Loin d’une histoire factuelle et diplomatique qui privilégierait les rapports de force, les guerres, les conquêtes, les traités, Jean-Michel Sallmann et Jean-Paul Bois abordent autrement les relations entre États.

La Géopolitique du XVIe siècle surprendra par son audace problématique et méthodologique : Jean-Michel Sallmann renonce à une « vision européocentrée de l’histoire du monde » pour privilégier les autres continents, notamment l’Extrême-Orient. Car « la Chine était l’État le plus peuplé, le plus puissant, le mieux organisé du monde en cette fin du XVe siècle ».

De même, le regard attentif porté à l’expansion de l’Empire ottoman, à l’Inde, à la Russie permet de dresser des portraits de grands bâtisseurs d’empire comme Soliman, Akbar ou Ivan le Terrible. Dans cette optique, l’expansion européenne apparaît comme ce qu’elle fut réellement : un phénomène incontestable mais de dimension et d’emprise modestes, incapable d’endiguer la progression de l’islam ou de pénétrer en profondeur l’Afrique et l’Extrême-Orient.

Au XVIIIe siècle, sans doute paraît-il logique et conforme à la hiérarchie des puissances de privilégier le continent des Lumières et de la Révolution : « En 1815, écrit Jean-Paul Bois, le monde appartient encore à l’Europe. » Mais cette vision plus attendue des relations internationales n’interdit nullement à l’auteur d’étendre considérablement le champ de la diplomatie en y intégrant les mentalités collectives notamment le sentiment national, la culture de la guerre et son couronnement théorique Clausewitz et pratique Napoléon, le cosmopolitisme ou la fraternité universelle, chers au temps des philosophes et remis en perspective à l’époque révolutionnaire.

Ces deux volumes rompent radicalement avec l’histoire-bataille ou la chronologie touffue de la guerre et de la paix entre les puissances, qui a été longtemps confondue avec l’histoire des relations internationales. Ils démontrent aussi une vérité qu’il convient de méditer, aujourd’hui plus que jamais : l’histoire du monde ne se résume pas à celle de l’Europe.

Par Jean-Michel Sallmann, Jean-Paul Bois