Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés. Pour les autres lecteurs, il est payant. Bonne lecture.
État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Gouverner l'opéra. Une histoire politique de la musique à Naples, 1767-1815

Fondée sur le dépouillement de documents inédits conservés à l’Archivio di Stato di Napoli, cette étude révèle tout à la fois la complexité et la richesse des rapports noués entre le prince l’État et les arts, à partir du prisme de l’opéra, dans l’une des plus grandes villes de l’Europe des Lumières, Naples.

Au coeur du livre, un lieu emblématique : construit en 1737 par Charles de Bourbon, trois ans après son avènement, le Real teatro di San Carlo, « théâtre d’État » directement relié au palais royal, est une magnifique salle de spectacle de 2 400 places, instrument éclatant du règne d’un nouveau souverain en quête d’affirmation. C’est là où fut joué l’ opera seria , l’opéra sérieux, art royal par excellence, règne des castrats, dont le prototype est l’ Achille in Scirio , sur un livret de Métastase mis en musique par Domenico Sarro ; 278 opere serie y ont ainsi été programmés entre 1737 et 1806.

Le jeune Ferdinand IV, fils et successeur de Charles de Bourbon, avait d’autres goûts : il appréciait notamment l’ opera buffa , l’opéra bouffe, et Pulcinella, joués dans des théâtres secondaires, où il se rendit régulièrement, au risque d’affaiblir la figure souveraine. On passe ainsi du « théâtre roi » aux « théâtres du roi », qui mettent en scène la vitalité du petit peuple napolitain et permettent au prince de s’abandonner au plaisir privé tout en s’échappant du carcan de la représentation officielle.

Il est impossible ici de rendre compte de la multiplicité des approches de ce livre très savant, très riche, issu d’une thèse soutenue à Grenoble en 2005. Relevons l’intérêt des pages consacrées à la censure et à la police des spectacles, à la surveillance des artistes et des créateurs, au petit monde musical napolitain qui gravite autour de l’opéra : chanteurs capricieux, imprésarios avares, danseurs jaloux...

L’étude s’achève sur le triomphe de Rossini le 4 octobre 1815, qui fait représenter au San Carlo Elisabetta, regina d’Inghilterra « Élisabeth, reine d’Angleterre » : « Les Napolitains, écrit Stendhal, étaient ivres de bonheur. » Parce que, pour la première fois, Rossini ouvrait toutes grandes les digues qui maintenaient jusqu’alors séparés les cours de l’ opera seria et de l’ opera buffa . L’opéra romantique venait de naître et il allait conquérir le monde...

------------------------

Gouverner l’opéra. Une histoire politique de la musique à Naples, 1767-1815 par Mélanie Traversier, École française de Rome, 2009, 696 p., 58 euros.

Par Mélanie Traversier