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Histoire du libertinage, des goliards au marquis de Sade

Libertinage ! Le mot est du XVIIe siècle mais Didier Foucault fait remonter la chose au tournant des XIIe et XIIIe siècles à la suite de Jacques Le Goff qui qualifie les goliards de libertins dans ses Intellectuels au Moyen Age. A l’autre bout, le XVIIIe siècle paraît fermer le bal de l’ère libertine. L’avènement du « bonheur » cher à Saint-Just comme projet de la société contemporaine serait la marque du succès du libertinage, un succès qui en abolirait l’existence.
Ce sont donc cinq siècles qui nous sont donnés à lire en treize chapitres. On y croise « l’hédonisme désinvolte des goliards », des « paroissiens peu catholiques » à la fin du Moyen Age, « l’irréligion moderne à la Renaissance », mais aussi « le tourbillon de l’aristocratie libertine du Grand Siècle » et, pour finir, on s’interroge sur « le siècle des Lumières, apothéose ou crépuscule des libertins ? ».
Mais au fond qu’est-ce qui définit cet âge du libertinage, qu’est-ce que le libertinage comme objet historique ? L’apport de ce livre est justement dans la clarté d’une définition qui ne va pas de soi, tant le libertin de moeurs n’est pas forcément le libertin de plume. Didier Foucault résout cela en insistant sur leur point commun : « Le mot apparaît dans des sociétés qui tentent de normaliser les comportements et les pensées de l’ensemble de leurs membres. Cette entreprise est alors principalement conduite par les Églises chrétiennes qui, malgré la lutte sans merci que se livrent protestants et catholiques et, sans doute, en grande partie, à cause d’elle, poursuivent, sur ce terrain, un but analogue. Envisagé dans cette perspective, le libertinage, qu’il soit d’idées ou de moeurs, désigne avant tout les formes de résistance à cette normalisation. »
Une fois mis en valeur tout cet intérêt historique, il serait bien hypocrite de ne pas souligner le grand plaisir rencontré dans le florilège de citations relevées par l’auteur. Retenons comme exemplaire cette mazarinade de Claude de Chouvigny, baron de Blot, qui conjugue les versants religieux et moraux du libertinage dans une charge politique. Elle ne se goûte pleinement en son dernier vers que si on sait qu’au grand siècle l’Italien a la réputation actuellement accordée au Grec. « Le cardinal fout la Régente ;/ Qui pis est, le bougre s’en vante/ Et lui vole tous ses écus./ Pour rendre la faute moins noire,/ Il dit qu’il ne la fout qu’en cul:/ La chose est bien facile à croire. »

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Histoire du libertinage, des goliards au marquis de Sade, par Didier Foucault, Perrin, 2007, 487 p., 23,50 euros.

Par Didier Foucault