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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

L'Affaire des poisons. Crimes et sorcellerie au temps du Roi Soleil

210 séances de procès, 319 décrets de prise de corps, 194 personnes arrêtées, 36 condamnations à mort, 4 condamnations aux galères, 34 condamnations à des peines de bannissement ou d’amende… Voilà le bilan chiffré de la plus vaste, de la plus ténébreuse affaire criminelle du Grand Siècle : l’affaire de poisons, qui éclata à l’apogée du règne de Louis XIV, entre 1679 et 1682.

Des « personnes de qualité » firent l’objet de « décrets de prise de corps » : la comtesse de Soissons, la marquise d’Alluye, la vicomtesse de Polignac, le marquis de Cessac… Et bientôt, un autre nom, plus prestigieux encore, fut placé au-devant de la scène : Mme de Montespan, la belle et altière favorite de Louis XIV ! Au fil des interrogatoires, La Reynie, lieutenant général de police, chargé de l’enquête, fut convaincu que la maîtresse du roi était coupable de sacrilège messes noires, de tentative de crime contre Mlle de Fontanges, de crimes nouveau-nés assassinés lors des messes noires, de lèse majesté tentative d’empoisonnement du roi…

Jean-Christian Petitfils a repris le dossier de cette énigme, dossier constitué de correspondances multiples mais aussi de centaines de procès-verbaux d’interrogatoires et de tortures. Au terme d’une enquête minutieuse, on voit bien qu’il demeure une « énigme Montespan » : dès 1666, il est avéré qu’elle était en relation avec Catherine Deshayes, dite La Voisin, sorcière, avorteuse et empoisonneuse ; en 1668, elle commandita des cérémonies maléfiques destinées à éloigner Mme de La Vallière, l’autre favorite dont elle craignait une trop forte emprise sur le souverain, et des « poudres d’amour » pour le roi. Par contre, elle n’a cherché ni la mort de son amant, ni celle de Mlle de Fontanges, sa jeune rivale des années 1678-1680.

En fait, c’est la femme de confiance de la marquise, Claude de Vin des Œillets, qui paraît la plus directement impliquée dans cette sombre affaire : cette dernière en effet partagea, avec sa maîtresse, les faveurs du roi, au point qu’elle eut des enfants de lui, que le roi refusa de légitimer. C’est donc elle, explique Jean-Christian Petitfils, qui demanda à la Voisin le moyen de faire périr le roi par magie… Le 2 octobre 1675, Louis XIV ressentit de violentes douleurs à la tête, accompagnées de frissons et de difficultés respiratoires. Cette maladie, dont tous les symptômes font penser au poison, dura jusqu’au 17 octobre.

Il y eut d’autres projets pour attenter à la vie du roi, en 1678 et 1679. Ce sont les papiers personnels de La Reynie qui ont permis de mettre à jour cette machination. Ce dernier, en effet, voulu conserver la trace écrite de ce qu’il découvrait au fil de son enquête.

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L’Affaire des poisons. Crimes et sorcellerie au temps du Roi Soleil par Jean-Christian Petitfils, Perrin, 2009, 380 p., 21,50 euros

Par Jean-Christian Petitfils