Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés.

Bonne lecture.

Louis XVI

«J’aime mieux laisser interpréter mes silences plutôt que mes paroles », déclara un jour Louis XVI à Malesherbes. Comment, dans ces conditions, le biographe peut-il espérer atteindre la vérité d’un homme dont le caractère complexe, introverti et impénétrable déconcertait jusqu’à son entourage le plus proche ?

Une histoire de la Révolution française ne peut faire l’économie d’une étude sérieuse de la personne et de l’action politique du monarque. D’autant que le processus révolutionnaire éclaire, en retour, nombre d’aspects de sa personnalité.

Le portrait psychologique de Louis XVI n’est pas bouleversé par rapport aux études antérieures. L’auteur est même plutôt sévère avec son modèle : ce n’est que par sa mort que « l’homme, ô combien, a racheté le roi ».

Les années de formation du roi sont ici relatées admirablement. Il succède à Louis XV à vingt ans et fait rapidement preuve d’indécision, prisonnier de forces antagonistes qui sapent l’autorité de la monarchie : le mouvement philosophique et la réaction aristocratique.

Nuançant Alexis de Tocqueville et François Furet, Jean-Christian Petitfils estime que l’État administratif n’est qu’une façade derrière laquelle la vieille société de corps et d’ordres continue à exercer une influence déterminante.

C’est en 1787, avec l’échec de son ministre des Finances Calonne face à l’assemblée de notables qu’il avait convoquée pour présenter ses propositions de réformes, que Louis XVI perd, sans le savoir encore, son trône. Et on sera bien d’accord pour convenir qu’après le 17 juin 1789 plus rien ni personne ne peut arrêter le cours impétueux de la révolution. La Révolution que le roi aura moins trahie qu’on le dit en général. Il se serait même opposé au déclenchement de la guerre en 1792. Poussé par son Conseil Dumouriez, Roland et subissant dans le même temps la pression des Brissotins de l’Assemblée, c’est résigné qu’il demande la guerre devant des députés enthousiastes le 20 avril.

Replacées dans leur temps, la personne et la vie du monarque trouvent dans cette magistrale biographie un relief rare. Ajoutons que l’érudition maîtrisée de Jean-Christian Petitfils rend la lecture de ce Louis XVI captivante de bout en bout.

Par Jean-Christian Petitfils