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Servir le Roi-Soleil. Claude Le Peletier (1631-1711), ministre de Louis XIV

Claude Le Peletier n'a guère laissé de souvenir dans la galerie des serviteurs de l'État royal : face à Colbert ou à Louvois, il fait effectivement très pâle figure.

L'intérêt principal de l'étude très documentée de Mathieu Stoll, qui se fonde sur le dépouillement de l'intégralité des sources d'archives concernant l'administration de Claude Le Peletier, est de faire de cet homme de l'ombre un observatoire privilégié pour étudier le fonctionnement de la monarchie d'Ancien Régime.

Claude Le Peletier, successeur de Colbert, n'a été « que » contrôleur général des Finances. Et c'est là sans doute l'essentiel à retenir. En effet, Colbert et Louvois cumulaient plusieurs secrétariats d'État, et ce cumul était le fondement de leur puissance. Jusqu'à présent, la plupart des historiens s'accordaient sur une thèse devenue lieu commun : le déplacement du centre de gravité de l'État royal, à partir de Colbert, du chancelier au contrôleur général des Finances, c'est-à-dire le passage d'un « État de justice » à un « État de finance ». En fait, explique Mathieu Stoll, ce qui éclate ici, c'est, tout au contraire des figures d'exception que furent Colbert et Louvois, la faiblesse du ministre des Finances qui leur a succédé tour à tour Le Peletier, Pontchartrain, Chamillart, Desmarets. Les véritables maîtres de l'État sont alors les ordonnateurs de dépenses, notamment le secrétaire d'État de la Guerre, le secrétaire d'État de la Marine et, bien sûr, le roi lui-même, maître de tout. A partir des années 1680, la guerre, la marine, les fortifications monopolisent toujours au moins 66 % des dépenses et tous les contrôleurs généraux des Finances ont exprimé leur impuissance face aux demandes aussi impérieuses qu'insatiables des gestionnaires de l'outil militaire, instrument principal de la gloire du roi.

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Servir le Roi-Soleil. Claude Le Peletier (1631-1711), ministre de Louis XIV, par Mathieu Stoll, préface de Bernard Barbiche, Presses universitaires de Rennes, 2011, 418 p., 24 euros.

Par Mathieu Stoll