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Les Docks de Londres : de Victoria à Thatcher

Les promoteurs ont fait « pire que la Luftwaffe », dans la City, a dit le prince Charles. Il n’apprécie guère plus le remodelage des Docklands de Londres — ce paysage des bords de la Tamise, en pleine mutation, où les yuppies ont remplacé les dockers. À l’ère victorienne, ce n’était que quais en enfilade, cernés de murs, de cheminées d’usines et de bâtisses en brique rouge sombre. Au milieu des grincements de chaînes, du martellement des tonneliers au travail, des bruits de coques s’entrechoquant, aucun son ne s’élevait d’une armée de 100 000 dockers qui faisaient un labeur harassant. En 1888, on comptait encore 79 000 mouvements de navires.

Autant chercher un écureuil roux dans les forêts anglaises qu’un docker dans les Docklands de l’ère thatchérienne. Dure loi de la sélection des espèces : l’un a été supplanté par son congénère à pelage gris, l’autre par le yuppie à costume sombre et cravate club.

À l’image de la faune, le paysage est en pleine mutation sur les bords de la Tamise, dans l’Est de la capitale. Les grues que l’on aperçoit de part et d’autre du fleuve ne servent pas au déchargement de navires, mais à l’immense chantier de [...]

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Par Jean-Pierre Navailles Professeur honoraire à l'université Paris-XI