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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Phares en péril

Ce sont d'abord des noms qui invitent à la rêverie, évoquent de mémorables tempêtes et rappellent le lien indissoluble qui unit la terre à la mer : Alexandrie, la Giraglia, Cordouan, Ar-Men, Saint-Mathieu, Feu de Saint-Pol, les Héaux... L'aventure des phares remonte à la plus lointaine antiquité, tant les hommes qui naviguent sur les eaux ont toujours senti le besoin de se sentir guidés pour longer des côtes périlleuses. C'est cette aventure humaine, technique et culturelle qu'a choisi de raconter le Musée national de la marine.

En 1611, le phare de Cordouan est allumé. Quatre siècles plus tard, le doyen des côtes de France et le plus vieux phare en mer du monde continue à dominer fièrement l'estuaire de la Gironde de toute sa majesté. Mais combien de phares voient leur survie remise en cause depuis l'automatisation, dans les années 1990, des derniers feux en mer ?

Lorsque la commission des phares est créée en 1811, il s'agit de combler un retard important sur l'Angleterre et l'Écosse. François Arago y recrute le jeune polytechnicien Augustin Fresnel 1788-1827, qui va révolutionner l'éclairage des tours en proposant en 1822 l'emploi de lentilles à échelons, composées de plusieurs morceaux. Fresnel sera secondé dans sa tâche par un opticien du nom de... Soleil !

L'exposition donne à voir le travail titanesque conduit à partir de 1825 par les Ponts et Chaussées et le directeur du service des phares, l'ingénieur Léonce Reynaud. Mais contrairement aux idées reçues, sur 150 phares qui jalonnent les côtes françaises, un sixième seulement ont été édifiés en mer par ceux qu'Anatole Le Braz appelait les « cantonniers de la mer ».

Dorénavant, les systèmes de géolocalisation font douter de l'utilité des phares. « Construits pour la sécurité des marins, les phares signalent désormais la mer aux terriens », écrit Vincent Guigueno dans Les Phares, gardiens des côtes de France Gallimard, « Découvertes ». Un véritable « goût des phares » s'est emparé des Français, qui ne sont pas moins de 600 000 à frapper chaque année à la porte de ces fascinants et, espérons-le, immortels objets du désir.

Jusqu'au 4 novembre au musée de la Marine, Palais de Chaillot, 17, place du Trocadéro, 75016 Paris.

Par Bruno Calvès