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Bonne lecture.

La vraie histoire de la Septante

C'est au IIIe siècle avant notre ère, à Alexandrie, que la Bible hébraïque a été traduite pour la première fois, en grec. Qui en a eu l'initiative ? Des papyrus récemment découverts dans le Fayoum permettent peut-être d'y voir plus clair.

La plus ancienne traduction de la Bible hébraïque est la Septante. Un auteur qui a peut-être vécu à Alexandrie au IIe siècle av. J.-C. et qui se présente comme un adorateur de Zeus, mais qui est manifestement un juif, Aristée1, nous a laissé le récit de cette entreprise sans précédent. Dans la Lettre qu'il adresse à son frère Philocrate, Aristée raconte que les cinq livres de la Loi hébraïque, c'est-à-dire de la Torah, ont été traduits par 72 lettrés juifs, six par tribu, venus de Jérusalem à Alexandrie à la demande du roi Ptolémée II Philadelphe (qui règne de 285 à 246 av. J.-C.), et de son bibliothécaire, Démétrios de Phalère (mort vers 280).

Aristée rapporte ceci : « Maîtres dans les lettres judaïques, mais aussi adonnés à la culture hellénique » (§ 121), les traducteurs ont réalisé leur travail en 72 jours, dans l'île de Pharos. La traduction est lue par Démétrios aux délégués des juifs, qui l'approuvent, puis au roi, qui fait de même.

Dans d'autres sources anciennes, les 72 deviennent 70. D'où le nom de Bible grecque des Septante, ou de Septante, en abrégé LXX, donné à la traduction.

Aristée ne parle pas des autres livres de la Bible. On admet qu'ils ont été traduits plus tard : entre les années 200 av. J.-C., pour les plus anciens d'entre eux, et le début du IIe siècle de notre ère, pour les plus récents, à Alexandrie le plus souvent, mais parfois aussi à Jérusalem. Certains livres ont été composés directement en grec, comme Sagesse. La Bible grecque contient ainsi plusieurs livres absents de la Bible hébraïque : outre le livre de la Sagesse, I-IV Maccabées, Judith, Tobie, Siracide.

Au moment de la rédaction des écrits du Nouveau Testament, à la fin du Ier siècle de notre ère, les évangélistes, Paul et les auteurs chrétiens, empruntent massivement leurs citations de la Bible à la Septante. Dès le IIe siècle, ce terme prend un sens nouveau chez les Pères de l'Église, qui appellent Septante non seulement les cinq livres du Pentateuque, mais aussi l'ensemble du corpus biblique.

COMBIEN DE TRADUCTEURS ?

Depuis la fin du XVIIe siècle, la Lettre d'Aristée est souvent considérée comme un récit légendaire, qui ne contiendrait aucune information fiable. L'origine alexandrine de la traduction, toutefois, n'a jamais été vraiment remise en cause.

Les autres informations données par Aristée et les sources anciennes ont, elles, été discutées. Ainsi, la datation a été contestée. Il a paru invraisemblable notamment que Démétrios de Phalère ait pu collaborer avec Ptolémée II Philadelphe, qui l'avait fait emprisonner avant de le faire mettre à mort. Cependant, la traduction est antérieure à la fin du IIIe siècle avant notre ère, puisque la chronologie des patriarches propre à la Septante se retrouve chez Démétrios le Chronographe dans son traité Sur les rois de Juda, composé vers 220-210 av. J.-C. La thèse selon laquelle ce serait la Septante qui se serait inspirée de Démétrios a été défendue, mais elle est trop paradoxale pour emporter la conviction.

Le nombre des traducteurs a lui aussi été contesté. Certains écrits rabbiniques affirment qu'ils auraient été non 70 ou 72 mais 5. Or ce dernier chiffre correspond manifestement au nombre des livres traduits. En fait, 70 ou 72 est un chiffre symbolique (cf. p. 71).

L'origine palestinienne des traducteurs a elle aussi été remise en cause : la Septante serait l'oeuvre de lettrés juifs alexandrins. Pourtant, Aristée énumère les noms des 72 traducteurs : certains de ces noms, comme Levis, Mattathias, Yakob et Yoseph, sont caractéristiques des juifs de Palestine.

D'autres renseignements encore apportés par Aristée et les sources anciennes ont été discutés. Ainsi l'affirmation selon laquelle la Septante aurait été traduite sur des rouleaux écrits en lettres d'or (§ 176 de la Lettre d'Aristée) : dans la littérature rabbinique, à partir des années 200 de notre ère, les lettres d'or sont interdites. Mais l'existence même de cette interdiction montre que les lettres d'or ont pu être en usage dans la librairie juive ancienne.

Cependant, la principale critique apportée aux sources anciennes porte sur les raisons qui auraient présidé à la traduction.

Pourquoi en effet a-t-on traduit la Torah en grec ? La question doit être mise en perspective. Dans le monde antique, la traduction a longtemps été une affaire politique, impliquant des souverains et des traducteurs officiels ; par exemple, le traité d'agriculture du Carthaginois Magon a été traduit sur ordre du sénat de Rome après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C. Les traductions privées apparaissent assez tardivement, dans le monde des lettrés : au Ier siècle av. J.-C., Cicéron traduit les philosophes grecs.

En d'autres termes, la Septante fait-elle partie de la série des traductions politiques du monde antique ? Ou bien est-elle la plus ancienne traduction privée qui nous soit parvenue ? Ptolémée II est-il impliqué d'une manière ou d'une autre dans cette entreprise ? Ou bien la Septante doit-elle être envisagée comme un phénomène purement interne au judaïsme ?

POUR LES BESOINS DE LA COMMUNAUTÉ JUIVE D'ALEXANDRIE ?

Des juifs vivent en Égypte au moins depuis l'époque de Jérémie, soit le début du VIe siècle avant notre ère. Leur implantation la mieux connue est la colonie des mercenaires d'Éléphantine, en face d'Assouan, qui semble avoir disparu vers 400 av. J.-C.

Alexandre le Grand installe des juifs à Alexandrie dès la fondation de la cité, en 331 avant notre ère. Sous les souverains lagides, successeurs grecs d'Alexandre en Égypte, celle-ci reste pour eux une terre d'immigration : des colonies militaires juives sont attestées à travers le pays, notamment dans le Fayoum. A Alexandrie même, un ou deux des cinq quartiers sont habités par les juifs, qui, aux dires de Philon au Ier siècle de notre ère, auraient alors été 1 million en Égypte. On retient plutôt le chiffre de 200 000, dont la moitié à Alexandrie.

Est-ce à l'initiative de cette communauté que la Torah a été traduite en grec ? L'explication a souvent été retenue à l'époque moderne. Elle met en avant les besoins de la communauté juive d'Alexandrie en matière linguistique, liturgique, religieuse, éducative. Elle insiste également sur ses préoccupations apologétiques ou encore sur son souci de valoriser leur texte religieux de référence. Elle rencontre cependant des objections.

Les juifs d'Alexandrie parlaient certainement grec et, à l'instar de Philon, ne savaient plus l'hébreu. Mais cela n'implique nullement qu'une traduction écrite de la Torah fût nécessaire : à la même époque, en Judée, la langue vernaculaire est l'araméen, mais il n'y a pas de traductions de la Bible en araméen (les targums) écrites avant la fin du IIe siècle avant notre ère (Job) et même plus tard (Torah).

Par ailleurs, nous ne connaissons rien de la liturgie juive aux IIIe et IIe siècles avant notre ère. Il se peut que seulement des passages choisis aient été lus, comme dans la liturgie chrétienne ancienne. En ce cas, une traduction complète de la Loi n'était pas nécessaire. De plus, il est bien possible que la Torah n'ait pas été lue publiquement ailleurs que dans le temple de Jérusalem.

L'argument qui repose sur les besoins éducatifs présente lui aussi des faiblesses. Il consiste à affirmer que la traduction a été faite pour permettre aux juifs, jeunes et moins jeunes, d'avoir accès à la Torah ; la Septante aurait servi d'aide écrite pour étudier la langue hébraïque et pour comprendre le texte biblique. Les partisans de cet argument invoquent le parallèle de la manipulation du texte d'Homère dans les écoles d'Égypte. Mais ce n'est pas la même chose de récrire en grec « moderne » un texte grec d'Homère et d'utiliser une traduction grecque en vue de comprendre un texte hébreu.

Si les arguments en faveur d'une initiative de la communauté juive semblent aujourd'hui peu convaincants, la Septante répond-elle alors à des besoins politiques ? Toutes les sources anciennes présentent Ptolémée comme celui qui est à l'initiative de la traduction ou qui l'a patronnée. Et le judaïsme rabbinique parle de « la Torah pour Talmai », c'est-à-dire Ptolémée. Cette explication est de nouveau privilégiée depuis les années 1950 et surtout depuis une vingtaine d'années.

Ptolémée II Philadelphe est le fils de Ptolémée Ier Lagos, compagnon d'Alexandre le Grand et fondateur de la dynastie lagide, qui a régné sur l'Égypte jusqu'à la conquête romaine, en 30 av. J.-C. Avec les premiers Ptolémées, Alexandrie devient le plus grand port militaire et commercial de la Méditerranée2. Si Alexandre a fondé la cité, ce sont eux qui développent ses ports militaires et commerciaux, ses temples, et bâtissent le gigantesque Sérapeion, où est honoré le dieu Sérapis, mi-égyptien mi-grec.

La ville est aussi un centre culturel grec important. Les souverains résident dans le complexe royal, au sud-est du port. Là, se trouvent, outre les palais et le tombeau d'Alexandre, le Musée, où étaient entretenus des hommes de lettres et des savants de toutes disciplines et qui abrite les trésors de la célèbre Bibliothèque : 700 000 rouleaux sans doute au Ier siècle av. J.-C., soit la totalité de la littérature grecque de l'époque ; y compris de nombreuses traductions d'ouvrages étrangers. Sciences et lettres connaissent à Alexandrie sous les Lagides un essor sans précédent.

A l'appui de l'implication du roi dans la traduction en grec de la Torah, on avance des raisons politiques et juridiques : les juifs d'Alexandrie auraient formé un politeuma, un groupe s'administrant lui-même, possédant son tribunal et ses archives. Or ce politeuma ne pouvait exister sans l'autorisation des Lagides. De plus le souverain et son administration avaient besoin de connaître, dans leur langue, le grec, le code juridique sur lequel se réglait l'ethnie juive d'Alexandrie. La traduction de la Torah en grec revenait pour le roi à officialiser le politeuma et à en permettre le fonctionnement.

La traduction est aussi mise en rapport avec la réforme judiciaire de Ptolémée II vers 275 av. J.-C. et la mise en place d'un double réseau de tribunaux, réservé pour le premier aux cités grecques (Alexandrie, Naucratis, Ptolémaïs) et aux immigrants hellénophones, et où la langue est le grec ; pour le second aux indigènes, où la langue est le démotique. Mais le roi peut aussi intervenir directement dans les litiges : lui et ses juges ont donc besoin de connaître en grec le code de référence des indigènes, le coutumier démotique.

Plusieurs exemplaires de sa traduction grecque ont été retrouvés. L'idée est qu'il en va de la Torah comme du coutumier démotique : une fois traduite en grec, la Loi de l'ethnie juive d'Égypte devient une loi grecque pour les juifs, garantie par l'autorité royale.

En réalité, ces grandes explications se heurtent à des difficultés et des objections. L'implication de Ptolémée a été jugée invraisemblable à plusieurs titres. D'abord, on l'a dit, la Lettre d'Aristée est souvent considérée comme une pure légende. Ensuite, il n'est pas établi que la Septante était présente parmi les livres conservés dans la Bibliothèque : elle n'est pas citée par les auteurs païens avant le pseudo-Longin, vers 50 de notre ère. Longtemps, la Septante paraît avoir circulé exclusivement au sein de la communauté juive.

Troisièmement, selon plusieurs spécialistes, la Septante est écrite dans un grec non littéraire et vulgaire, qui ne convient pas à la cour royale. Elle ne peut viser ni le roi ni un public grec, comme le montrent aussi bien les translittérations (kheroubim, manna, paskha, sabbata, sikera) que les traductions littéralistes qui ne font sens que pour des lecteurs sachant un peu l'hébreu. Pour ceux qui dénient à Ptolémée un rôle quelconque dans la traduction, cela ne fait aucun doute : la Septante a donc été traduite par des juifs pour des juifs.

D'autres arguments sont dirigés contre l'implication politique et juridique des Ptolémées. Par exemple, il n'est pas sûr que le politeuma d'Alexandrie ait existé au début du IIIe siècle avant notre ère ni même à la fin de ce siècle. Peut-être même est-il une pure vue de l'esprit. L'explication de type juridique a elle aussi ses faiblesses. En effet, à l'appui de l'intégration de la Septante au sein des lois ptolémaïques, on ne peut citer que deux papyrus, et encore leur interprétation est-elle discutée3.

Depuis peu, la documentation papyrologique permet de renouveler en partie la question, et de privilégier de nouveau l'initiative lagide. Vingt papyrus d'Hérakléopolis, une bourgade située dans la zone sud du Fayoum, ont été publiés en 2001. Ce sont des pétitions et des lettres entre officiels, écrites entre 144/143 et 133/132 avant notre ère, à l'époque de Ptolémée VIII Évergète II4. Or, ces papyrus prouvent qu'un politeuma juif, une communauté organisée, donc, existait à Hérakléopolis : un des papyrus parle ainsi du « politeuma des juifs à Hérakléopolis »5. Le papyrus le plus intéressant pour notre sujet est le P. Polit. Iud. IV.

PHILÔTAS DEMANDE UNE DÉCISION « EN ACCORD AVEC LA LOI »

Philôtas y raconte qu'il a demandé la main de Nikaia, la fille de Lysimakhos ; le père a juré qu'il la lui donnerait, ainsi que la dot. Philôtas explique que non seulement les engagements ont été pris « d'un accord commun », mais, un peu plus loin, qu'ils ont été pris « en accord avec la Loi » (kata ton nomon). Cependant, rapidement, le père a changé d'avis et a promis sa fille à un autre homme « avant de recevoir de moi la lettre habituelle de divorce » (to eithismenon tou apostasiou to bublion). Pour finir, Philôtas demande une décision « en accord avec la Loi » (kata ton nomon). Ici, « kata ton nomon » pourrait avoir un sens vague et général. Mais il n'en va pas de même dans les lignes antérieures, où la Loi juive est clairement visée. Mais est-ce la Loi traduite en grec ?

L'expression « to tou apostasiou bublion » est présente deux fois dans le Deutéronome, au chapitre XXIV, versets 1 et 3. Dans ce chapitre, la question porte sur la femme divorcée qui a reçu la lettre de divorce ; elle se marie de nouveau et divorce de nouveau, recevant de nouveau la lettre de divorce ; les Écritures expliquent qu'elle ne peut retourner chez son premier mari. La situation n'est pas identique à celle de Philôtas. Mais la fonction de la lettre de divorce est la même : il n'y a pas de divorce chez les juifs sans l'envoi de la lettre par le mari.

Par conséquent, on peut considérer que lorsque Philôtas évoque en grec une pratique ou un rite « en accord avec la Loi », c'est à la Septante, qui est la Loi du texte, qu'il se réfère. Du coup, il est hautement probable que le « kata ton nomon » final a le même sens que le « kata ton nomon » antérieur et qu'il se réfère aussi à la Septante. Le cas de Philôtas montre que la communauté juive d'Égypte réglait ses affaires de divorce en fonction de la Torah traduite en grec.

Ainsi, une traduction de la Torah en grec existait vers 150 avant notre ère, et probablement avant. Et cette traduction était utilisée dans les procédures juridiques. L'explication qui met en avant l'implication des Lagides reçoit une nouvelle légitimation.

Les documents d'Hérakléopolis ont été jusqu'ici peu pris en compte par les historiens. Pourtant, ils vont dans le sens de l'implication des Ptolémées dans la traduction. Ce qui n'empêche pas la Septante de répondre à des besoins des juifs d'Égypte, notamment dans le domaine judiciaire.

L'histoire de la Septante ne s'achève pas ici. D'abord, elle a connu une histoire textuelle complexe : la Septante ancienne n'est pas identique à la Septante d'Origène (185-v. 250), qui, elle-même, diffère de la Septante en usage à Antioche (vers 300) ou à Constantinople à l'époque byzantine. Ensuite, elle a fait l'objet de révisions en milieu juif dans les deux premiers siècles de notre ère : le but est de mieux aligner le grec sur l'hébreu. Surtout, la Septante est devenue l'Ancien Testament des chrétiens, ce qui a multiplié sa diffusion et son lectorat. Voilà pourquoi elle a été traduite tout au long du Ier millénaire chrétien.

La plus ancienne de ces traductions est la Vetus Latina ou Vieille Latine. Elle est l'Ancien Testament des Pères d'Afrique, d'Italie, de Gaule et d'Espagne. C'est la Bible d'Augustin. Elle reste en usage même après la traduction de Jérôme faite sur l'hébreu dans les années 400, la Vulgate. Ce n'est qu'au VIIe-VIIIe siècle qu'elle est largement éliminée au profit de la version de Jérôme.

Toujours en Occident, la Septante est traduite en langue gothique vers 350 par Ulfila, évêque arien des Goths - il semble que le traducteur ait délibérément omis de traduire les livres de Samuel et des Rois, pour ne pas encourager l'ardeur belliqueuse de ses ouailles... A la fin du IXe siècle, les deux frères Cyrille et Méthode ont traduit la Septante en vieux slave. Au cours des siècles, des livres ont été traduits sur nouveaux frais soit sur la Septante, soit sur l'hébreu (Esther), soit même sur la Vulgate. Cette version reste la Bible officielle des Églises orthodoxes de langue slave.

En Orient, la Septante a été traduite dans les divers dialectes coptes à partir des années 150-200 : elle reste en usage dans la liturgie de l'Église copte. En Éthiopie, la Septante a été traduite sans doute à partir des années 500 en guèze ; cette traduction a été révisée au cours des siècles, peut-être sur l'hébreu et l'arabe ; le guèze est devenu assez vite une langue morte réservée à la liturgie ; mais la version guèze reste la version officielle de l'Église d'Éthiopie.

En Arménie, c'est le prêtre et moine Mesrop Machtots qui traduit la Septante au début du Ve siècle. Toutefois, certains philologues estiment que la Bible arménienne a été traduite sur le syriaque. Un peu après la version arménienne, la version géorgienne a été traduite soit sur cette version soit sur la Septante. Enfin, la plus ancienne traduction arabe de la Bible, celle du médecin Hunayn ibn Ishaq (808-873), a été faite sur la Septante ; mais elle a complètement disparu.

Les pays de langue syriaque font exception dans ce tableau. En effet, c'est la Bible hébraïque, et non la Septante, qui a été traduite dans cette langue, sans doute à la fin du IIe siècle de notre ère. On discute pour savoir si la Vieille Syriaque est le fait de juifs ou de chrétiens ou même de juifs en train de se rallier au christianisme. Cette Vieille Syriaque a été révisée à travers les siècles sur la Septante : c'est la Peshitta, la version « simple » ou « commune », celle qui s'adresse au tout-venant des chrétiens.

L'histoire récente de la Septante est marquée par un très fort regain d'intérêt pour cette traduction, qui représente la plus ancienne tradition d'interprétation de la Bible que nous puissions atteindre. Une édition critique est en cours en Allemagne, à Göttingen. Des traductions complètes ou partielles ont été réalisées en Allemagne, Espagne, États-Unis, Grèce, Italie, Roumanie. En France, qui a joué un rôle pionnier, la collection « La Bible d'Alexandrie » a publié dix-huit fascicules entre 1986 et 2012, soit à peu près la moitié du total.

Par Gilles Dorival