13 septembre 1993 : la poignée de main de Rabin et Arafat
Dans L'Histoire n°243, Jean Frydman, ami intime du Premier ministre israélien assassiné, revenait sur ce geste historique qui devait faire renaître l'espoir d'une paix durable entre Israël et la Palestine...
L'Histoire : Jean Frydman, vous avez été l'ami intime d'Yitzhak Rabin et vous l'avez vu évoluer au long des moments décisifs qui ont précédé les accords d'Oslo. Car, au début, la paix était une idée neuve et difficile pour Rabin...
Jean Frydman : Moins la paix que l'idée de parler avec l'OLP ! Au moment de la conférence de Madrid, en octobre 1991, quand, pour la première fois, Israéliens et Palestiniens se retrouvent face à face, Yitzhak Rabin est ministre de la Défense d'Yitzhak Shamir. Avec ce dernier, il va essayer pendant deux ans de trouver un accord avec les Palestiniens de l'intérieur et leur leader Fayçal Husseini, refusant tout dialogue avec Yasser Arafat.
Quand Rabin est élu Premier ministre en 1993, il promet la paix. Il sait déjà qu'un jour il faudra traiter directement avec l'OLP. L'idée l'irrite à un point extraordinaire mais il est réaliste. Il comprend qu'il va falloir abandonner une grande partie des territoires qu'il a lui-même conquis, en 1967, comme chef d'état-major ! C'est une décision très lourde, très douloureuse. D'autre part, il est très méfiant vis-à-vis des pourparlers engagés au début de 1993 à Oslo, et très sceptique quant à leur issue.
L'H. : Mais il a donné son accord au principe des négociations secrètes ?
J. F. : Le véritable initiateur d'Oslo, c'est Yossi Beilin, le ministre adjoint des Affaires étrangères. C'est lui qui prend le risque. Même le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, au début, est très hésitant. Il ne sera convaincu qu'après ses contacts avec Abou Ala et Abou Mazen, émanations directes d'Arafat. A partir de là, il lui faut convaincre Rabin de parler à l'OLP. Je résumerai les longs entretiens entre Peres et Rabin — des hommes qui font équipe sans s'aimer — par cette formule : « Arafat, c'est l'horreur, mais Arafat est le patron des Palestiniens. »
A un certain moment, Rabin va dire à Peres : oui, on signe. A partir de là, il ne fait pas les choses à moitié. A la minute où il donne son accord au processus d'Oslo, c'est lui qui devient le héraut de la paix. Le réalisme politique et national l'emporte sur tout.
C'est alors que Rabin, aux yeux de ses adversaires, devient un monstre. On ne lui pardonne pas d'avoir évolué à ce point-là. Rabin, le chef d'état-major, passe à l'ennemi ! Ce qu'on assassinera, c'est cette métamorphose...
Pour lire l'article en intégralité :
"Le jour où Rabin a serré la main d'Arafat", par Jean Frydman, L'Histoire n° 243, mai 2000, p. 78.
Pour en savoir plus :
Israéliens et Palestiniens. La paix au bout du fusil, par Alain Dieckhoff, L'Histoire n°243, mai 2000, p. 70.
Géopolitique de l'État Palestinien, par Alain Dieckhoff, L'Histoire n° 298, mai 2005, p. 52.
Naissance d'une nation : les Palestiniens, par Henry Laurens, L'Histoire n°298, mai 2005, p. 32.
Le mystère Arafat, par Nadine Picaudou, L'Histoire n° 298, mai 2005, p. 48.
"Des deux côtés, on a soif de normalité", par Leïla Shahid, L'Histoire n° 298, mai 2005, p. 54.
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