Les mines du Nord/Pas-de-Calais distinguées par l'Unesco

Le 30 juin 2012, l'Unesco a inscrit le bassin minier du Nord/Pas-de-Calais au Patrimoine mondial. A cette occasion, L'Histoire revient sur les deux siècles d'exploitation du charbon et la fin de l'activité minière en 1990...

 

Le 21 décembre 1990, dans le Pas-de-Calais, une berline remontait les dernières « gaillettes » de charbon de la fosse d’Oignies - la dernière à fermer. Beaucoup de mineurs étaient là, venus de toute la région, émus aux larmes. L’événement marquait la fin de plus de deux siècles d’exploitation du charbon dans le Nord-Pas-de-Calais. La fin du « fond », la fin d’un métier, la fin d’un monde dont témoignent aujourd’hui avec coeur les guides du Centre historique minier de Lewarde, près de Douai. Parmi eux, une dizaine d’anciens mineurs, justement, qui partagent leur temps entre l’accompagnement des visiteurs « au fond », dans les chantiers d’extraction reconstitués, et le passage de témoin aux générations futures : celles des guides qui n’ont pas connu la mine. « Car un jour on ne sera plus là, et nous sommes les derniers » , explique Jacques Fediaczko, qui a « fait » vingt ans de fond.

Lewarde, c’est d’abord un ancien puits de charbon : la fosse Delloye. Ouverte en 1931, particulièrement active dans l’entre-deux-guerres, la mine employait un millier de personnes qui produisaient en moyenne mille tonnes par jour. A la fin des années 1960, ses ressources s’épuisent. La mine est fermée en 1971, et la direction des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, convaincue que l’activité minière en France touche à sa fin, songe déjà à sauvegarder sa mémoire.

Si Lewarde est choisi, en 1973, pour abriter ce qui est devenu le plus grand musée de la mine en France, c’est notamment parce que ses installations sont restées intactes - le site est candidat au patrimoine mondial de l’Unesco ; réponse l’été prochain. Comme ses élégants chevalements métalliques, par où l’on descendait et remontait hommes et charbon. Mais encore le carreau de la fosse, coeur du puits, et ses longs bâtiments de brique qui abritent les collections permanentes du musée.

Les vélos suspendus dans le couloir qui mène à la salle de douche, dite « des pendus » en raison des vêtements de chacun hissés à un crochet, la lampisterie - où les mineurs passaient prendre leur lampe avant de rejoindre le fond -, le bureau du comptable - où l’on passait récupérer sa « quinzaine » -, tout ici donne l’impression que la mine fonctionne encore. A Lewarde on a aussi regroupé les archives des Houillères de France et des compagnies privées : documents officiels, plans, photographies, films... Sans compter les objets donnés par les familles, telle cette valise rapportée par un ancien mineur, avec laquelle ses grands-parents sont arrivés de Pologne en 1920.

Pour célébrer les 20 ans de la fin de l’activité minière dans le nord de la France, le Centre présente une exposition1 qui retrace l’épopée du mineur depuis l’apparition des premières exploitations de charbon - et du métier de mineur - dans la région, en 1757, date de création de la compagnie des mines d’Anzin celles dont la grande grève de 1884 inspira Germinal à Zola. Une histoire ambivalente qui reflète celle de ces hommes, à la fois « héros » et « martyrs », comme le titre l’exposition.

Car le mineur des premiers temps n’est pas l’homme brisé de Germinal : il gagne le double d’un paysan journalier et travaille avec ses supérieurs dans une relation de proximité et de respect mutuel. Les choses se gâtent au début du XIXe siècle, avec la mainmise de financiers parisiens sur les compagnies minières. Ces hommes-là, très éloignés du monde de la mine, ne pensent que productivité et profit. Dans les galeries, on remplace les traîneaux avec lesquels on transportait le charbon par des wagonnets qui circulent sur des rails, plus rapides et plus gros. En contrepartie, de nombreux emplois disparaissent. Les ouvriers à la veine voient le prix de leur journée baisser de 12 %, soit de 4 sous. C’est ainsi que pour la première fois, en 1833, les charbonniers font massivement « rebelle » : la grève, justement dite « des 4 sous » ; la première à marquer l’opinion et à graver dans les mémoires l’image de compagnies inhumaines...

Pour lire l'article en intégralité :

Il était une fois la mine, par Juliette Rigondet, L'Histoire n°359, décembre 2010, p. 30.