"Malgré-Elles" ou la nature profonde du IIIe Reich
Un téléfilm diffusé mardi 9 octobre sur France 3, sur la vie de deux Alsaciennes en pleine Seconde Guerre mondiale...
L’air de rien, Malgré-Elles est une oeuvre importante et utile pour comprendre la nature profonde du IIIe Reich. A notre connaissance, aucun oeuvre de fiction - si ce n’est Ces garçons qui venaient du Brésil (1978) de Franklin Schaffner - n’avait encore abordé la question de la refondation de l’humanité par une politique eugéniste volontaire et délirante. C’est là le coeur du projet national-socialiste : Le Führer a besoin de nous pour créer la nouvelle race qui règnera sur le monde dit une femme vivant dans un Lebensborn où elle a eu deux SS-Kinder.
Malgré-Elles raconte donc l’histoire de deux jeunes Alsaciennes, nées en 1925 et 1926 à Kaysersberg, bien que le nom du village ne soit pas prononcé dans le film : Alice Fabre, rebaptisée Alicia Faberlich (!) depuis l’Annexion de 1940, est interprétée par Flore Bonaventura puis Macha Méril ; Lisette Weiss est jouée par Louise Herrero. Pour elles comme pour les Allemandes de leur âge, c’est le temps du Reichsarbeitsdienst, le RAD qui forme à la dure la jeunesse hitlérienne. Les voici en septembre 1943 au camp de Werneck en Bavière : exercices sportifs, corvées diverses, serment au drapeau… Si les Allemands se méfient des recrues alsaciennes, soupçonnées de francophilie persistante, certains propos mis dans la bouche de Lisette témoignent de l’endoctrinement pratiqué avec succès : Les Allemands sont mieux pour l’Alsace, c’est les Allemands qui ont supprimé le chômage. Le Führer, il vient du peuple, il comprend le peuple, il nous enseigne à être solidaires, à nous dépasser. On est obligés de faire la guerre pour avoir la paix. Là réside le grand mérite du film : offrir au spectateur un scénario et des dialogues qui sonnent juste. Pour les "Français de l’intérieur"- façon dont les Alsaciens désignent parfois les habitants de l’Hexagone - ce sera une découverte : celle d’une région, l’Alsace-Lorraine, ballotée entre la France et l’Allemagne en un temps où les nationalismes donnaient le ton, entre 1870 et 1945… voire au-delà.
Du RAD, nos héroïnes sont envoyées en mars 1944 dans une usine de fabrication d’obus, à Günzburg, dans le cadre du Kriegshilfsdienst. Puis elles sont envoyées dans un Lebensborn, une usine à race pure. Leur terrible destin se nouera là, début 1945, alors que le régime commence à s’effondrer.
Ce téléfilm sombre mais captivant a été tourné en Alsace à Obernai, Kientzheim, Turckheim, Sigolsheim, Boersch, Osthoffen et Bitche. Il s’achève à l’époque contemporaine, avec le témoignage douloureux mais apaisé d’Alice, devenue grand-mère et bientôt arrière-grand-mère : un témoignage pour la mémoire et pour l’histoire.
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"Malgré-Elles", un téléfilm de Denis Malleval, sur France 3 le 9 octobre à 20h45.
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