Norodom Sihanouk, l’ex-roi du Cambodge est mort
Lundi 15 octobre 2012, Norodom Sihanouk s’est éteint dans un hôpital de Pékin, où, malade depuis plusieurs années, il se rendait régulièrement. Père de l’indépendance de son pays en 1953 et un des leaders asiatiques des pays non alignés, il incarne à lui seul toute une mouvance des années 1950-1970. Il a aussi été acteur des grands drames qu’a traversé son pays. Avec lui, c’est un grand témoin de l’histoire du Cambodge qui disparaît.
Cinéaste, écrivain, cavalier, chanteur, Sihanouk incarne une époque révolue mais est aussi extrêmement moderne (il tenait un blog !). Couronné à 19 ans sous Vichy, il passe d’abord pour un crooner coureur de jupons, avant de se révéler animal politique : il devient le fer de lance de l’indépendance du Cambodge et, en 1955, abdique pour créer son propre parti politique. Il dirige son pays jusqu’en 1970. Prince de droit divin, il est considéré comme sacré. Son positionnement extérieur tient en trois mots : nationalisme, neutralité, intégrité territoriale. Mais son action intérieure est dure, sa police secrète est partout, ses opposants risquent gros.
Farouche ennemi de la gauche durant la plus grande partie de son règne, il tente, lors de la guerre américaine au Vietnam, d’apaiser les communistes vietnamiens en fermant les yeux sur le passage de leurs forces militaires sur le territoire cambodgien.
Simultanément, à la fin des années 1960, il mène une répression féroce contre les cambodgiens de gauche : il se vantera d’avoir été à l’origine de l’exécution de nombre d’entre eux. Le 18 mars 1970, destitué par ses plus proches alliés (son Premier ministre Lon Nol et le prince Sirik Matak), il s’exile à Pékin et cède aux pressions de Mao et de son ami Zhou Enlai, pour prendre la tête d’un gouvernement en exil, dominé par les Khmers rouges. L’aura de « Monseigneur Papa » auprès des paysans est très utile pour ces derniers. Dans un vibrant appel radiophonique, le 24 mars, il enjoint à ses compatriotes de combattre le nouveau régime proaméricain. Puis, lorsqu’en avril 1975 Pol Pot prend Phnom Penh, Sihanouk, lors d’une tournée en Europe, s’exprime clairement en sa faveur. Le prince devient brièvement chef d’État du Kampuchéa démocratique. Mais en décembre 1975 les dirigeants khmers rouges l’assignent à résidence dans son palais. Il décide de démissionner en avril 1976, acte qui aurait pu signer son arrêt de mort.
Lorsque le Vietnam envahit le Cambodge en janvier 1979, Sihanouk s’enfuit à nouveau à Pékin. Dans la période confuse des années 1980, il s’allie une deuxième fois aux Khmers rouges (qui ont pourtant causé la mort de cinq de ses enfants et quatorze de ses petits-enfants) en présidant un gouvernement en exil et en soutenant la poursuite d’une guérilla visant à expulser les Vietnamiens du Cambodge.
Ce n’est qu’en 1991, lors de la signature des accords de Paris, que Sihanouk se décide à rompre avec ceux qui furent alternativement ses ennemis et ses alliés. En 1993, il remonte sur le trône avant d’abdiquer une seconde fois en 2004 pour raison de santé en faveur de son fils Sihamoni. Il vit aujourd’hui entre la Chine et la Corée du Nord.
Sihanouk a toujours déclaré avoir voulu faire au mieux pour son pays, mais il est loin d’être clair que cette ambition ait surpassé ses propres intérêts. Concernant les Khmers rouges, fut-il naïf, contraint, cynique ou ignorant ? Peut-être un peu les quatre.
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L’Histoire consacre son dossier du mois de novembre aux Khmers rouges et revient notamment sur le rôle du roi-père lors de leur ascension au pouvoir dans les années 1960 et 1970, puis lors de la guérilla de reconquête qu’ils poursuivirent dans les années 1980.
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