Au Vel d'Hiv, « c’étaient des enfants »
A l’occasion du 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la Ville de Paris consacre une exposition à la déportation et au sauvetage des enfants juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Une œuvre de transmission et de préservation autant qu’un travail de mémoire.
« Dans ce département il y a donc un camp / Il y a donc un camp / Un camp de pauvres juifs, tous plus morts que vifs / Tous plus morts que vifs ah ! ah ! ah ! ». En 1943, Francine Christophe écrit une petite chanson sur l’air de « Tout au fond de la mer, les poissons sont assis ». Elle a 10 ans. Elle est juive. Elle est enfermée au camp de Beaune-la-Rolande.
Ce bout de papier fait partie des nombreux documents mis à disposition par des prêteurs privés et montrés au visiteur. Des photos, objets, lettres et archives qui témoignent du sort des enfants juifs arrêtés à partir de l’été 1942, lors de la rafle du Vel d’Hiv.
Les 16 et 17 juillet, 13 152 personnes dont 4 115 enfants sont arrêtés dans Paris et la banlieue par la police française.
Les familles sont internées au vélodrome d’hiver dans le XVe arrondissement, dans des conditions d’hygiène et de vie très dures. « Nous sommes très malheureux. A chaque instant il y a de nouveaux malades, il y a des femmes enceintes, des aveugles… Nous couchons par terre », écrit Clara Garnek, 15 ans, dans une lettre adressée à son oncle, sa tante et ses cousines.
A partir du 19 juillet, les familles sont progressivement transférées dans les camps du Loiret, dont celui de Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents sont envoyés dans les camps de concentration. Les moins de 13 ans, restés seuls, sont progressivement transférés au camp d’internement de Drancy à partir du 15 août, avant d’être déporté à leur tour.
Sur 11 400 enfants juifs – dont 2 000 n’avaient pas six ans - déportés depuis la France entre 1942 et 1944, plus de la moitié auront été des petits Parisiens. Deux cents seulement sont revenus vivants.
L’exposition s’attache à leur redonner un nom, une mémoire, une histoire. Elle nous fait voir la guerre à travers le prisme de l’enfance. Crève-cœur, elle fait ressurgir d’outre-tombe les vies et les visages de ceux qui, dans le dénuement de Drancy, jouent « à la fouille et à la Déportation », dessinent Pierrot et Colombine et créent des figurines en papier à la garde-robe profuse, l’imaginaire servant d’exutoire à la peur et à l’abandon.
« C’étaient des enfants » met aussi en lumière la solidarité d’une population non juive jusque-là relativement indifférente. Au total, près de 80 % des enfants juifs résidant à Paris en 1939 survécurent à la guerre. Reste la douloureuse question de la construction de l’identité et de l’avenir, d’enfants devenus pour beaucoup orphelins.
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"C'étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris", jusqu'au 27 octobre à l'hôtel de Ville, 29 rue de Rivoli, 75 004 Paris. Exposition gratuite, tous les jours sauf dimanches et jours fériés de 10h00 à 19h00.
Pour en savoir plus :
Vichy, les années terrible, par Annette Wieviorka, Les Collections de L'Histoire n° 10, janvier 2001, p. 76.
Pierre Laval et les enfants juifs, Michael R. Marrus, Les Collections de L'Histoire n°3, octobre 1998, p. 60.
Drancy, un monument historique, par Annette Wieviorka, L'Histoire n° 257, septembre 2001, p. 24.
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