La Pompadour, protectrice des Arts et des Lettres
A Versailles, les Journées européennes du Patrimoine sont consacrées au « Trianon oublié au temps de Madame de Pompadour ».
« J’aime les talents et les lettres, et ce sera toujours un grand plaisir pour moi que de contribuer au bonheur de ceux qui les cultivent », écrit Madame de Pompadour à Malesherbes dans une lettre datée de la fin de l’année 1750. Cette protectrice des Lumières et des arts est à l’honneur à Versailles pour ces Journées européennes du Patrimoine.
Il faut dire que le « règne » de Madame de Pompadour (1745-1764) est considéré comme l’âge d’or intellectuel et esthétique du « siècle de Louis XV ». Le portrait le plus connu de la favorite de Louis XV, le pastel de Maurice Quentin Delatour (exposé au Salon de 1755), la représente dans un univers privé, intimiste, vêtue d’une robe magnifique « à la française » qui contraste avec la simplicité de sa coiffure et l’absence de bijou.
Sur la table sur laquelle elle s’appuie, une sélection d’objets donne une idée de ses préoccupations intellectuelles et de ses goûts. Un exemplaire de la pièce Pastor Fido du poète italien Guarini, relié en cuir et marqué des armoiries de ses terres de Pompadour (comme pour les quelques 4 000 volumes de sa bibliothèque), témoigne de sa passion pour le théâtre. La présence de La Henriade de Voltaire (1728) illustre l’admiration de la marquise pour cet esprit frondeur, courtisan, incarnant à lui seul les idées nouvelles du siècle des Lumières.
Les rapports de Madame de Pompadour et du philosophe étaient toutefois complexes : très proche de la nouvelle favorite au début de son ascension (dès mars 1745), Voltaire parvint à obtenir d’elle auprès du roi, qui se méfiait pourtant de lui comme de l’antéchrist, la charge d’historiographe de la Couronne. La marquise appuya même son entrée officielle à l’Académie française. Cela ne l’empêcha pas, un peu plus tard, de faire montre d’ingratitude à son égard, jaloux qu’il était de l’engouement qu’elle montrait pour l’œuvre théâtrale de son rival Crébillon, qu’elle avait sorti de la misère la plus noire en lui obtenant un logement au Louvre.
A côté de l’ouvrage de Voltaire, est posé un exemplaire de L’Esprit des lois de Montesquieu. Madame de Pompadour estimait profondément l’ancien Président du Parlement de Bordeaux qui, pour échapper à la censure, fit publier son traité philosophique à Genève, et que la marquise réussit à protéger de la réfutation que voulait publier contre lui le fermier général Dupin.
Près d’un volume dont le titre est en partie effacé, trône le tome IV de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, dont la publication est interdite depuis 1752. La marquise, qui a rencontré Diderot et d’Alembert chez le docteur Quesnay, son médecin personnel, essaya en vain de lever cette censure : elle avait beau avoir toute la confiance de Louis XV, le roi, qui vivait dans le péché de l’adultère depuis des années, redoutait l’enfer à l’approche de la mort et refusa, en souverain très chrétien, qu’une œuvre philosophique puisse remettre en cause la monarchie de droit divin.
Parmi les penseurs que Madame de Pompadour a protégés, Rousseau occupait une place à part. Si elle s’opposa à son idée de l’homme né naturellement bon et corrompu par la société – incarnant l’adultère et le luxe, comment pourrait-elle souscrire à une telle thèse ? –, elle tenta à plusieurs reprises de l’aider matériellement. De la partition de musique copiée par le philosophe achetée cent louis (mais dont il n’accepta que 12 francs) à la représentation, à Fontainebleau, de son petit opéra Le Divin de village (1752), qu’elle récompensa d’une belle somme d’argent, elle le défendit comme l’un des plus beaux esprits de son temps.
Madame de Pompadour était aussi une musicienne accomplie, comme le suggèrent le cahier de musique qu’elle tient sur ce tableau de Delatour et la guitare posée à l’arrière-plan. Elle avait appris le chant avec le célèbre ténor Jéliotte et fut une claveciniste talentueuse. Un carton à dessin, à ses pieds, ainsi qu’une estampe signée « Pompadour sculpsit », renvoient aux activités artistiques pratiquées par la marquise (avec un certain talent) : le dessin, la peinture, la gravure sur cuivre et sur pierre (d’où la présence sur la table du Traité des pierres gravées de Mariette).
« On se moque partout de ma folie de bâtir : pour moi je l’approuve fort cette prétendue folie, qui donne du pain à tant de misérables malheureux. Mon plaisir n’est pas de contempler l’or de dans mes coffres mais de le répandre », écrivait-elle à la Comtesse de Brezé en 1748. Le règne de Madame de Pompadour correspond à un mécénat passionné. Elle acheta, construisit ou embellit un grand nombre de châteaux et résidences à Paris (hôtel d’Evreux, palais de l’Élysée), à Versailles (hôtel des Réservoirs), en région parisienne (Bellevue) ou en province (Ménars). Elle avait le goût de la décoration intérieure et contribua au triomphe du rococo dans tout ce qu’il a de plus extravagant. Les ébénistes Verbeckt et Migeon réalisaient ses boiseries et ses meubles.
C’est à elle encore que l’on doit la renommée de la manufacture royale de Sèvres, qui a pu concurrencer la porcelaine de Saxe. De nouvelles couleurs y furent créées comme le « rose… Pompadour ». Elle encouragea la construction du Petit Trianon, achevé en 1768 (quatre ans après sa mort) et supervisa l’aménagement de la place Louis XV (actuelle place de la Concorde), deux réalisations confiées à Gabriel, qui expérimentait le style antiquisant, très à la mode sous Louis XVI et la Révolution.
S’il est une « Dame de Trianon » qui ait véritablement régné à Versailles, c’est bien Madame de Pompadour, grâce à laquelle les idées nouvelles et les arts ont, par sa protection, assuré à la France sa suprématie culturelle et esthétique au XVIIIe siècle.
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