Toutankhamon : La chambre d'or du pharaon
L'exposition installée Porte de Versailles propose de faire revivre au visiteur la découverte du célèbre tombeau de Toutankhamon, reproduit à l'identique. Jusqu'au 1er septembre 2012.
"L’air chaud s’échappant de la chambre faisait vaciller la flamme de la bougie. Mais à mesure que mes yeux s’accoutumaient à la lumière, les détails de la pièce parurent émerger lentement de la pénombre : d’étranges animaux, des statues et de l’or, partout le scintillement de l’or. Sur le moment, je restai muet de stupeur".
Dans ses Mémoires, Howard Carter décrit son émotion face à une porte demeurée infranchie depuis plus de trois mille ans. Le 26 novembre 1922, sur la rive occidentale du Nil, dans la Vallée des Rois, l’archéologue britannique et son associé, Lord Carnarvon, viennent de découvrir le tombeau de Toutankhamon, riche de 3000 objets.
L’exposition "Toutankhamon, son tombeau et ses trésors" – en tournée dans le monde depuis 2008 et jusqu’au 1er septembre porte de Versailles – propose de faire revivre cette découverte au visiteur. Pédagogique, la première partie de l’exposition privilégie la vidéo pour retracer l’histoire de la XVIIIe dynastie et du règne bref (1333-1323 av. J.C.) de son dernier souverain Toutankhamon, et pour révéler ce qui a rendu la découverte de son tombeau si exceptionnelle.
A sa mort, l’inhumation du corps est réalisé dans la pleine tradition des rites funéraires royaux, à l’image de ses prédécesseurs. La sépulture reste en revanche la seule de la Vallée des Rois rescapée des pillages qui, vers 1120 av. J.C., ravagèrent le site abritant les hypogées – tombes souterraines – d’un grand nombre de pharaons du Nouvel Empire. Si, par deux fois, le tombeau fut forcé, les voleurs n’eurent le temps d’emporter qu’une infime partie du trésor. Grâce à un heureux concours de circonstances – l’accès à la tombe fut comblée au XIIe siècle av. J.C. par les gravats de celle de Ramsès VI, déversés par les ouvriers – l’excavation demeure donc quasiment intacte jusqu’aux travaux archéologiques d’Howard Carter.
Après sept années de recherche, alors que l’argent fourni par le philanthrope Lord Carnarvon vient à manquer, une dernière intuition guide Carter jusqu’au site de l’hypogée, repu des objets censés accompagner le pharaon défunt dans son voyage vers l’au-delà. Reproduite à l’identique dans l’exposition, l’antichambre recèle de bijoux, cannes, vases, éventails ; de chars d’apparat, lit à tête de lionne mais aussi du petit trône représentant Toutankhamon dans une de ses positions favorites, son épouse Ankhèsenamon lui frictionnant l’épaule avec des onguents. Plus loin, les immenses chapelles gigognes, nids mortuaires fastueux et solennels, remparts aux forces maléfiques, s’alignent les unes derrière les autres. Elles mènent au cercueil en or massif et à la momie royale, revêtue de son masque, coiffé du traditionnel némès strié de bandes de verre bleu imitant le lapis-lazuli. Les vases canopes destinés à recevoir les viscères embaumés du pharaon côtoient les arcs d’or, maquettes de bateaux et petites statues à son effigie.
D’une grande qualité d’exécution, parfaitement maîtrisée, la reconstitution partielle du tombeau tout comme la reproduction d’un millier de ses pièces les plus emblématiques a été conçue et validée par une équipe de scientifiques et égyptologues.
Spectaculaire par les moyens mis en oeuvre – les pièces sont en plaqué or –, cette exposition de répliques entend recréer, à l’aide de l’audioguide, l’atmosphère de sérénité dû au repos des morts.
Parce que les originaux, conservés pour la plupart au musée du Caire, sont trop fragiles pour être déplacé, les spécialistes – dont Jaromir Malek, ancien directeur du Griffith Institute à l’université d’Oxford, le plus gros fonds d’archives égyptologues - ont choisi de faire une force de cette faiblesse en assumant le parti pris de la reproduction et de la vulgarisation. "Le problème ici n’est pas tant celui de l’originalité et de l’authenticité des objets que de la préservation du contexte et de la documentation d’un ensemble de trésors", souligne l’égyptologue Wilfried Seigel, ancien directeur général du musée de l’histoire de Vienne.
En d’autres termes, "Toutankhamon, son tombeau et ses trésors" ne prétend pas être autre chose qu’une exposition destinée avant tout à diffuser l’histoire d’un tombeau dont la découverte fut, en son temps également, un outil de vulgarisation de la civilisation pharaonique et d’introduction dans la culture générale.
Ainsi s’emboîtent les poupées russes du savoir qui, à la manière des chapelles gigognes, protègent Toutankhamon de l’oubli.
"Toutankhamon, son tombeau et ses trésors", du 19 mai au 1er septembre, Paris expo, Porte de Versailles, pavillon 8.
Rens.: www.toutankhamon-expo.fr
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