13 juillet 1793 : le meurtre de Marat
La fin sanglante de Marat est aussi celle d’une liberté qui n’avait pas quatre ans : la liberté de la presse.
Ce jour-là Charlotte Corday s’en vint de Normandie pour étouffer dans sa gorge la voix de Jean-Paul Marat, fondateur de L’Ami du peuple. Métaphoriquement, dans le tableau célèbre de David qui dépeint cet assassinat, gît au pied de la baignoire où le journaliste soignait une maladie de peau, et à côté du couteau qui l’a fait taire, la plume d’oie dont il se servait, avant d’expirer, pour écrire son article du lendemain.
Ce moment dramatique a valeur symbolique dans l’histoire de la presse révolutionnaire. A cette date, la Terreur est en passe d’étouffer une liberté de la presse que les constituants, après la prise de la Bastille, avaient voulue la plus complète possible. Déjà ont disparu les journaux royalistes, naguère si brillants, et ceux des Girondins mis hors la loi durant ce même mois de juillet.
Après la mort de Marat et jusqu’à la chute de Robespierre et des siens, au 9 thermidor, un an plus tard, le Comité de salut public, dans l’ambiance créée par la guerre extérieure et les affrontements en Vendée, va bannir les dernières feuilles, y compris montagnardes, qui se risquaient à quelque critique. La fin sanglante de Marat scande ce basculement.
L’Ami du peuple , fondé le 12 septembre 1789 et perpétué jusqu’au bout, s’était distingué dès l’origine par sa violence verbale, ses dénonciations de tous les pouvoirs en place, ses appels aux « secousses violentes » et aux mesures extrêmes - tribunal révolutionnaire, exécutions populaires, redistribution des terres -, en se posant comme le porte-parole du petit peuple opprimé. Par quoi il avait posé aux révolutionnaires la grande question des limites admissibles - nécessaires ? - à la liberté d’expression.
D’abord ceux-ci n’en veulent aucune. Dès après la réunion des états généraux, en mai 1789, et surtout après le serment du Jeu de paume, le 20 juin, le pouvoir royal se montre incapable de contenir la vague irrésistible de la presse en marche. A Paris, on recense 23 quotidiens à la fin de l’année 1789 et l’ensemble des publications périodiques est estimé entre 140 et 190 : les autres feuilles paraissent une, deux ou trois fois par semaine.
En dépit de leur coût, souvent élevé, elles sont accessibles au grand nombre dans les cabinets de lecture qui fleurissent un peu partout, notamment sous les galeries du Palais-Royal : à proximité des cafés, où les journalistes aiment à se retrouver une fois leur « papier » rendu, et des étals des colporteurs offrant les derniers pamphlets. Chacun étant gourmand de ce mélange de nouvelles, de commentaires et d’invectives qui remplit les colonnes, une ardente sociabilité surgit de la sorte.
On consulte fiévreusement Le Moniteur universel , né en novembre 1789, destiné notamment à reproduire les débats des assemblées et voué à une longue carrière jusqu’à ce qu’il laisse la place à notre Journal officiel . On se dispute Le Patriote français , de Jacques Brissot, qui durera jusqu’à la chute des Girondins, dont il sera l’un des chefs, après le 2 juin 1793. On réagit au Courrier de Provence où Mirabeau enracine pour un temps une part de son immense influence. On lit à voix haute, dans Les Révolutions de Paris , les articles de Fabre d’Églantine et d’Élysée Loustalot, ce jeune avocat bordelais, le plus doué de tous, peut-être, qui se réjouissait que le journalisme pût apporter à la fois « la richesse et la gloire » et qui mourra à la tâche en septembre 1790. Le journal porte en exergue : « Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »...
Pour lire l'article en intégralité :
Le meurtre de Marat, par Jean-Noël Jeanneney, L'Histoire n° 340, mars 2009, p. 88.
Pour en savoir plus :
Les cent vies de Charlotte Corday, par Guillaume Gazeau, L'Histoire n° 285, mars 2004, p. 64.
1789. Les quatre coups, par Jacques Solé, Les Collections de L'Histoire n° 25, octobre 2004, p. 26.
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