1er août 1785 : Lapérouse entame son expédition dans le Pacifique

« Second âge des découvertes », le XVIIIe siècle voit les Anglais et les Français rivaliser d'ardeur dans l'organisation de voyages d'exploration dans le Pacifique. Marin philosophe et ethnologue avant la lettre, Jean-François de Lapérouse sillonne le grand océan durant près de trois ans...

Le 1er août 1785, toutes voiles dehors, les deux frégates* de la marine royale, la Boussole et l' Astrolabe , s'éloignent de la rade de Brest pour un voyage autour du monde. Admirablement préparé, fertile en découvertes, le voyage sera une tragédie maritime en trois actes : noyade collective, massacre criminel et naufrage. A la tête de l'expédition, un marin français parmi les plus illustres, un homme de coeur, un humaniste. Il s'appelle Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse1. Avant de présenter ce navigateur hors série, rappelons les motifs du voyage et l'itinéraire suivi par les deux frégates.

Pourquoi ce tour du monde ? Les raisons sont multiples. D'abord, le XVIIIe siècle est un moment fort de l'expansion maritime à travers le monde, un « second âge des découvertes », qui complétera des connaissances géographiques encore très lacunaires et détruira les derniers mythes. Le mouvement scientifique général provoque l'organisation de nombreuses expéditions, et Anglais et Français rivalisent d'ardeur. L'objet essentiel de ces voyages est l'exploration de l'océan Pacifique, toujours très mystérieux. Les connaissances ont peu progressé sur ces régions depuis que Magellan a traversé le grand océan en 1519, et les manuels de géographie sont encore encombrés de continents mythiques, le fameux continent austral, paré de richesses fabuleuses.

Dès la fin de la guerre de Sept Ans — à l'issue de laquelle la France cédait presque toutes ses possessions indiennes et américaines à l'Angleterre —, en 1763, à la demande pressante des milieux scientifiques, l'Angleterre et la France organisent une série de voyages pour tenter d'éclaircir ces mystères. Les plus connus sont celui de Bougainville 1766-1769 et les trois expéditions de Cook 1768 à 1779. Si le périple de Bougainville a été décevant sur le plan géographique — aucune découverte importante —, ceux du génial navigateur anglais ont définitivement détruit la légende du continent austral. Cook a pénétré aux abords du continent antarctique, découvert la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides, les îles Hawaï, et reconnu les côtes orientales de l'Australie.

Grâce à lui, la géographie du Pacifique a fait d'énormes progrès. Impossible pour la France de rester à la traîne : Louis XVI s'intéresse passionnément à la géographie ; sa marine a démontré sa valeur pendant la guerre d'Indépendance américaine 1776-1783 et, si Cook a percé les mystères du Pacifique sud, il reste beaucoup à faire dans d'autres secteurs. Les curiosités encyclopédiques du temps des Lumières portent aussi sur les sciences naturelles, en plein développement, et sur ce que nous appelons aujourd'hui l'ethnologie, dont Lapérouse est un pionnier.

Enfin, le XVIIIe siècle est une période de très vive expansion économique, surtout dans le domaine de l'économie maritime. Le Pacifique, qui s'ouvre à la navigation européenne, offre peut-être des possibilités commerciales qu'il convient d'étudier avec soin.

Cet ensemble de facteurs décide du voyage de Lapérouse, auquel le roi confie une vaste mission : compléter les découvertes géographiques, recueillir le maximum d'informations scientifiques sur les pays visités et étudier les possibilités commerciales qu'ils offrent, spécialement en Extrême-Orient. Pour permettre la réalisation du programme de recherche, une équipe nombreuse d'officiers triés sur le volet et de savants spécialisés dans diverses disciplines est constituée avec le concours de l'Académie des sciences, de la Société royale de médecine et de la Société royale de Londres qui prête des instruments de navigation. Buffon, Lavoisier, Condorcet, les plus éminents savants ont émis leurs voeux et recommandations...

Pour lire l'article en intégralité :

Lapérouse : un explorateur dans le Pacifique, par Étienne Taillemite, Les Collections de L'Histoire n°8, juin 2000, p. 66.