1er juin 1855 : "Les Fleurs du mal" sont publiées
Le 1er juin 1855 paraissait dans La Revue des Deux Mondes dix-huit poèmes des Fleurs du mal. Le spécialiste Robert Kopp revenait, dans le numéro 323 de L'Histoire, sur l'oeuvre majeure de Baudelaire, l'une des plus importantes de la poésie moderne qui fut considérée à sa sortie comme un outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs...
«Vite, cachez, mais cachez bien, toute l'édition ; vous devez avoir 900 exemplaires en feuilles. - Il y en avait encore 100 chez Lanier ; ces messieurs ont paru fort étonnés que je voulusse en sauver 50. Je les ai mis en lieu sûr, et j'ai signé un reçu. Restent donc 50 pour nourrir le Cerbère Justice. Voilà ce que c'est que d'envoyer des exemplaires au FIGARO1 !!!! » C'est le cri d'alarme que lança Baudelaire à son éditeur à Alençon, Auguste Poulet-Malassis, le 11 juillet 1857. Son volume de poésie, Les Fleurs du mal , tiré à 1100 exemplaires, avait été mis en vente le 21 juin.
« L'expression de la lubricité la plus révoltante »
De fait, c'est un article paru dans Le Figaro , le 5 juillet 1857, qui semble avoir attiré l'attention des pouvoirs publics sur ce mince recueil. Gustave Bourdin, tout en se défendant d'avoir un « jugement à rendre » , « un arrêt à prononcer » , y dénonçait l'immoralité de quatre poèmes : Le Reniement de saint Pierre, Lesbos et les deux pièces intitulées Femmes damnées .
Dès le 7 juillet, un rapport fut rédigé à la direction de la Sûreté publique dépendant du ministère de l'Intérieur : Les Fleurs du mal y sont présentées comme « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Le Reniement de saint Pierre, Abel et Caïn, Les Litanies de Satan, Le Vin de l'assassin « sont un tissu de blasphèmes » ; Les Femmes damnées « sont l'expression de la lubricité la plus révoltante », « un chant en l'honneur de l'amour honteux des femmes pour les femmes » ; Les Métamorphoses du vampire, Les Bijoux « présentent à chaque instant les images les plus licencieuses avec toute la brutalité de l'expression ».
Et le censeur de conclure : « En résumé le livre de M.Baudelaire est une de ces publications malsaines, profondément immorales qui sont appelées à un succès de scandale. Proposition de déférer au parquet2. »
La machine était en marche. Le 17 juillet, le procureur général indique à la direction de la Sûreté publique qu'il vient de requérir une information contre Baudelaire et ses éditeurs et d'ordonner la saisie des exemplaires elle eut lieu à Alençon, mais non à Paris. Il restait un mois à Baudelaire pour préparer son procès...
Pour lire l'article en intégralité :
Outrageantes Fleurs du mal, par Robert Kopp, L'Histoire n°323, septembre 2007, p. 24.


