4 juillet 1776 : La Déclaration d'indépendance des États-Unis
Dans le numéro 49 des Collections de L'Histoire, André Kaspi revenait sur la lutte menée au XVIIIe siècle par les colons face à l'Angleterre, pour obtenir leur indépendance.
Pourquoi les colons anglais d'Amérique du Nord renonceraient-ils aux bienfaits de l'empire ? Certes, ils ont quitté les îles Britanniques pour faire fortune de l'autre côté de l'Atlantique ou pour échapper aux discriminations dont souffraient les dissidents religieux. De la Géorgie au Massachusetts, en passant par la Virginie et le New York, ils n'ont pas conscience d'appartenir à une seule et même société. Les planteurs du Sud, qui vivent de la culture du tabac, de l'indigo et de plus en plus du coton, sont des amateurs de bons vins et de fêtes galantes. Anglicans, donc soumis à l'autorité morale et religieuse du roi d'Angleterre, ils se soucient peu du salut de leur âme. Les marchands du Nord, qui commercent avec l'Europe et les Antilles, sont les héritiers des puritains austères, enfermés dans l'éthique du travail. Dans l'Ouest, c'est-à-dire entre l'océan et les Appalaches, les défricheurs affrontent « le péril indien » et détestent les gentilshommes et les capitalistes du bas pays. Mais tous éprouvent un attachement sentimental pour l'Angleterre. Là-bas, c'est « chez nous ». La culture, la langue, l'histoire les unissent au vieux pays. Et même les Allemands, les Hollandais, les Suédois qui ont choisi, eux aussi, de s'établir en Amérique savent que l'Empire britannique les protège. Au milieu du XVIIIe siècle, les Américains sont des Anglais d'Amérique. Ils tiennent à le rester.
D'autant que l'ennemi héréditaire vient d'être battu. Au terme de la guerre de Sept Ans, qu'on appelle ici la guerre contre les Indiens et les Français 1754-1763, la France a perdu le Canada. Elle ne menace plus la vallée de l'Ohio et la région des Grands Lacs. Ses alliés, les Indiens algonquins, iroquois ou sioux, sont repoussés de l'autre côté des Appalaches. Un vaste territoire est désormais ouvert à la colonisation*. Les planteurs rêvent de terres nouvelles et fertiles ; les marchands et les pionniers, des bonnes affaires qu'ils feront dans l'Ouest. Le traité de Paris de 1763 concrétise la victoire de la Grande-Bretagne. Pourtant, c'est une victoire équivoque. Londres entend contenir les appétits fonciers des colons. La Proclamation du 7 octobre 1763 crée un Territoire indien à l'ouest des Appalaches. « Les nations ou tribus indiennes [...] ne devront être ni maltraitées ni dérangées dans nos territoires qui n'ayant été ni cédés à nous ni achetés par nous leur sont réservés comme terrains de chasse. » Et pour dissiper tout malentendu, la Proclamation précise : « Nous interdisons formellement à tous nos sujets bien-aimés sous peine de nous causer du déplaisir d'acheter, de coloniser ou de prendre les terres ainsi réservées sans avoir obtenu une autorisation spéciale. »
Les colons poussent les hauts cris. Ils ont vaillamment combattu les Français, comme l'a fait le Virginien George Washington. Le roi a encouragé l'expansion vers l'Ouest. Voilà qu'une mesure autoritaire, donc à leurs yeux tyrannique, les empêche de tirer parti de la victoire et profitera, à coup sûr, aux commerçants de la métropole, proches du pouvoir, âpres au gain, à l'abri des dangers que recèlent ces terres lointaines.
Ce n'est pas la première fois qu'un conflit d'intérêts oppose les colons à la métropole. Sans doute espère-t-on en Amérique que la protestation sera entendue en Europe, qu'une solution de compromis jaillira dans l'esprit des conseillers du roi. Espoir vite déçu. Il y a pire encore. La guerre a coûté cher. L'Angleterre, qui guerroie aux Indes comme dans le Nouveau Monde, a besoin d'argent. Comment trouver de nouvelles ressources ? Le Sugar Act du 5 avril 1764 répond à l'urgence. Les droits sur les mélasses étrangères sont doublés ; les textiles, le café, l'indigo non britanniques, eux aussi, sont frappés de droits plus élevés. Pour éviter la fraude, les contrevenants seront systématiquement pourchassés. Ces mesures ne suffisent pourtant pas à remplir les coffres royaux. C'est que les troupes royales doivent continuer à protéger les colonies contre les incursions indiennes et veiller à l'application de la Proclamation. Des dépenses nouvelles sont inévitables.
De là, en 1765 une autre initiative de Londres. La loi sur le timbre sera étendue aux colonies* américaines. « Pour chaque peau ou morceau de vélin ou de parchemin, pour chaque feuille ou morceau de papier, sur quoi sera rédigée, écrite ou imprimée une déclaration, une requête, une défense, une contre-attaque, une objection ou toute autre forme de plaidoirie [...] un droit de timbre de 3 pence » sera perçu. Bien entendu, l'application de la mesure ne supportera aucune exception ni aucune indulgence. Le Stamp Act met le feu aux poudres...
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1776 : les colons prennent le pouvoir, par André Kaspi, Les Collections de L'Histoire n°49, p. 16.
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