5 juin 1967 : Début de la guerre des Six Jours
Le 5 juin 1967, Israël lançait "une attaque préventive" contre ses voisins arabes. Dans le numéro 321 de L'Histoire, l'historien et diplomate israélien Élie Barnavi revenait sur cette "guerre éclair" qui s'acheva au bout de six jours et mena à une victoire écrasante de l'État hébreu...
La décennie qui s'écoule entre la campagne de Suez 1956 et la guerre des Six-Jours 1967 est une période de calme relatif dans les relations entre Israël et ses voisins. L'État hébreu en profite pour digérer tant bien que mal les vagues d'immigrants des années 1950, développer ses infrastructures et renforcer un potentiel militaire qui fait de Tsahal* l'armée la plus puissante de la région. C'est une période faste, peut-être la meilleure qu'il aura jamais connue.
Le compte à rebours d'une nouvelle conflagration commence au milieu des années 1960, en partie à cause de la montée en force des organisations militaires palestiniennes. Cependant, la guerre des Six-Jours n'aurait sans doute jamais éclaté sans une série de manoeuvres diplomatiques et militaires du président égyptien Nasser, à l'époque au faîte de sa puissance et de son prestige et fort mal conseillé par Moscou.
Le 7 avril 1967, au cours d'une brève bataille aérienne au-dessus du lac de Tibériade, la chasse israélienne abat six appareils Mig syriens. Moscou accuse Israël de vouloir en finir avec le régime prosoviétique de Nureddin al-Atassi, nouvellement installé au pouvoir à Damas. Parallèlement, dans une campagne de désinformation soigneusement montée, les Soviétiques « informent » Nasser qu'Israël a concentré des forces considérables sur sa frontière septentrionale en vue d'une attaque massive contre la Syrie. Le Premier ministre israélien, Levi Eshkol, invite alors l'ambassadeur de l'Union soviétique, Dmitri Tchouvakhine, à vérifier lui-même la situation le long de la frontière. Tchouvakhine refuse, en expliquant en substance qu'il n'est pas là pour vérifier les faits, mais pour exécuter les ordres de son gouvernement. Le 19 mai, les journalistes étrangers accréditent la version israélienne tout comme le secrétaire général des Nations unies, U Thant. Tout le monde comprend que la matérialité des faits importe peu : Nasser a besoin d'un prétexte pour un coup de force, les Soviétiques le lui fournissent.
Le 14 mai, les premières unités de l'armée égyptienne pénètrent dans le Sinaï, au mépris des arrangements qui ont mis fin à l'occupation de la péninsule par Israël après la campagne de 19561 - le règlement de la crise de Suez prévoyait la démilitarisation du Sinaï, la présence des forces d'interposition de l'Organisation des Nations unies et la liberté de navigation dans le golfe d'Aqaba. Le 16 mai, l'Égypte exige le retrait des Casques bleus de son territoire, ce que le secrétaire général de l'ONU s'empresse de lui accorder. Une semaine plus tard, le 22 mai, U Thant se rend au Caire, avec comme seul résultat l'annonce par Nasser de la fermeture du détroit de Tiran, qui commande l'accès au golfe d'Aqaba. Le raïs est parfaitement conscient de la portée de son geste : le 26, il déclare que « Charm el-Cheikh [à l'embouchure du golfe] signifie l'affrontement avec Israël... Nous devons être prêts à une guerre totale avec Israël » .
La souhaitait-il, cette « guerre totale » ? Nous ne le saurons jamais. L'hypothèse la plus probable est qu'il voulait, par une série de coups de force soigneusement planifiés et progressivement entérinés par la communauté internationale, isoler l'État hébreu et l'épuiser moralement et économiquement. Il s'agissait de liquider, si possible sans guerre, les seuls acquis israéliens de la campagne d'octobre 1956...
Pour lire l'article en intégralité :
5 juin 1967 : Israël attaque, par Élie Barbavi, L'Histoire n°321, juin 2007, p. 32.
Pour en savoir plus :
Du côté des Arabes : l'insupportable défaite, par Mohamed Charfi, L'Histoire n°321, p. 50.
De Gaulle, Israël et les Juifs, par Serge Bernstein, L'Histoire n°321, p. 44.
Irak, Israël, Arabie Saoudite... Les Américains au Proche-Orient, par André Kaspi, L'Histoire n° 273, p. 68.


