Circulaire Guéant : Michelle Perrot se mobilise en faveur des étudiants étrangers
Opposée à la circulaire Guéant sur le statut des étudiants étrangers, l’historienne Michelle Perrot a participé le 10 janvier à une cérémonie de parrainages d’une quinzaine de jeunes diplômés menacés d’expulsion. Elle nous exprime son indignation.
L’Histoire : Quelle est l’initiative dont vous faites partie ?
Michelle Perrot : J’ai été contactée à l’automne par la productrice Fabienne Servan-Schreiber pour signer la pétition « Notre matière grise est de toutes les couleurs » contre la circulaire Guéant qui restreint le droit des diplômés étrangers à rester sur le sol français. A l’heure actuelle, la pétition a déjà recueilli plus de 30 000 signatures.
J’ai ensuite été relancé au début du mois de janvier pour être la marraine d’une jeune Marocaine dîplômée en consulting, en France depuis sept ans. Recrutée par un cabinet, elle ne peut cependant être engagée, son permis de séjour expirant le 15 février.
J’ai tout de suite été d’accord pour participer à la réunion organisée par le Collectif du 31 Mai, qui s’est tenu à la Sorbonne le 10 janvier. Une quinzaine d’étudiants étrangers étaient présents avec leurs parrains (le Prix Nobel de physique Albert Fert, l’historien Pierre Rosanvallon, des présidents d’université, l’économiste Olivier Pastré, l’essayiste Caroline Fourest, ainsi que les réalisatrices Tonie Marshall et Caroline Huppert).
Une action collective était nécessaire.
L’Histoire : Qu’est-ce qui a motivé votre participation ?
Michelle Perrot : J’ai toujours été personnellement sensible à la question des étrangers et aux problèmes d’immigration. La France a une tradition de pays d’accueil et doit la maintenir absolument. C’est une chose sur laquelle je ne transige pas, le rejet de l’étranger étant au cœur des pensées les plus réactionnaires.
La circulaire Guéant du 31 mai 2011 est particulièrement stupide. Elle n’est pas seulement indigne sur le plan des droits de l’Homme, elle est ridicule. Ces étudiants étrangers sont accueillis dans nos universités qui en sont d’ailleurs félicitées. Ils ont acquis un niveau de qualification élevé et une fois leur diplôme obtenu ils ne pourraient être engagés ? C’est absurde ! Je n’ai jamais rien connu d’analogue à cela.
Nous aurions intérêt à garder les talents au lieu de défendre l’identité nationale de cette manière.
L’Histoire : Le texte a cependant été assoupli, une circulaire complémentaire ayant été signée le 12 janvier par Claude Guéant, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez ?
Michelle Perrot : Si la circulaire a été assouplie, c’est en partie du fait de la mobilisation grandissante dans l’enseignement supérieur et des réserves de certains membres du gouvernement comme notamment le Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Laurent Wauquiez.
Certes, la circulaire complémentaire rétablit des dispositions instaurées par la loi de 2006. Les étudiants étrangers qui peuvent justifier d’un niveau master (bac + 5) ou équivalent bénéficie d’une autorisation provisoire de séjour de six mois et le texte accorde un titre de séjour à l’étudiant étranger qui décroche un emploi ou une promesse d’embauche « avant la délivrance de son diplôme ». C’est d’ailleurs à l’impulsion des présidents d’université, et de grande école que cette dernière disposition a été adoptée. Cependant, nous continuons de demander une suppression pure et simple de la première circulaire. La mobilisation n’est pas finie.


