Entre Mémoire et Histoire : le Patrimoine Aquitain de l’Éducation

En Aquitaine, un projet de recherche régional sur l'éducation met à disposition des sources et ressources d'archives, sur Internet. Entretien avec Marguerite Figeac, coordinatrice du projet Patria.

L’Histoire :  En quoi consiste exactement le projet portant sur le "Patrimoine Aquitain de l'Éducation" ?
Marguerite Figeac : Le projet Patria a été créé en 2010 à l’issu d’un
appel à projet déposé auprès de la Région. Il a pour but d’élaborer des travaux de recherches sur l’histoire de l’éducation en Aquitaine.
Pluridisciplinaire, il regroupe une vingtaine d’enseignants – historiens, littéraires, sociologues, cartographes, documentalistes - pour l'essentiel des chercheurs de  l’IUFM d'Aquitaine-Université de Bordeaux IV (CARECS) et du CEMMC-Université de Bordeaux III.
L’idée majeure est de travailler sur le patrimoine de l’éducation en recensant les fonds anciens de documentation, mais aussi les archives, l'iconographie afin de les réunir sur notre site Internet et d’en obtenir le plus de visibilité possible. Nous aspirons à démocratiser la recherche, à ce que le site, sorte de trait d'union, s’ouvre à la fois au grand public et aux chercheurs, avec des notices simples et un libre accès aux sources que nous avons déjà recueillies et regroupées.
Celles-ci sont constituées d’archives des établissements scolaires mais aussi universitaires. Si je prends l'exemple de l'université de Bordeaux IV,  nous sommes partis du fond de l’IUFM d’Aquitaine, qui a conservé notamment les archives des Écoles normales de garçons, créées en Aquitaine à partir 1833 et des Écoles normales de filles qui apparaissent à partir de 1884 dans la Région. A cela s’ajoutent d’autres documents issus des musées ou encore de particuliers.

L’Histoire : A quels types d’archives le projet donne-t-il accès ?
Marguerite Figeac : A des documents tels que les traités d’éducation, les manuels pédagogiques mais aussi des objets et du matériel scientifiques du XIXe siècle.
Par exemple, cet écorché d’Auzoux datant probablement de 1885 (nous n'avons pas encore retrouvé la date), du nom du médecin qui a inventé le procédé sous le Restauration. Ayant des difficultés à se procurer des cadavres pour enseigner à ses élèves le corps humain et les circuits sanguins, Auzoux a réalisé en 1822 le premier corps en papier mâché. Cet écorché nous permet de comprendre comment on étudiait l'anatomie, les sciences naturelles à l’époque et de mettre cela en relation avec les manuels, les programmes, les circulaires ministérielles de la fin du XIXe siècle.
D’autre part, le musée d’Aquitaine nous a permis de numériser des cartes postales sur la sortie des lycées, les cours de récréation des écoles et des lycées à la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. Nous citons également les documents du musée de Rouen, qui ont été numérisés parmi lesquels il y a beaucoup de photographies et de cartes postales.
Les particuliers, quant à eux, nous ont permis d’avoir accès aux cahiers d’écoliers et de les inventorier.

L’Histoire : Quel est le but de l’initiative ?
Marguerite Figeac : Recenser les fonds permet de soulever les questions et de voir comment on peut traiter ces documents grâce en particulier à des bases de données et au traitement informatique. Ce retour aux sources, dans le contexte actuel de crise de l’éducation, nous montre que chaque époque avait ses problèmes. Les rapports d’inspection de la fin du XIXe-début du XXe siècle, les délibérations municipales, laissent apparaître par exemple que le stress des enseignants était déjà présent, comme ils nous montrent que le chahut et l'absentéisme existaient.
Le projet Patria nous donne l’opportunité de penser l’éducation en dépit des clichés et faisant une analyse critique des sources. Parallèlement à ce projet, nous allons, en partenariat avec le Rectorat (c'est un travail qui est en cours), soumettre un questionnaire aux enseignants qui partent à la retraite pour recueillir des témoignages précieux aussi bien pour l'histoire que pour la transmission des "bonnes pratiques du métier" : comment sont-ils devenus enseignants ? Pourquoi ? Que peuvent-ils raconter sur l'expérience professionnelle ?
D’autre part, et d’une manière plus concrète, le but de l’initiative est de créer des outils de recherches? Nous travaillons à un atlas de l’éducation en Aquitaine avec des fiches sur l’alphabétisation, les congrégations enseignantes en 1789. Nous avons aussi en projet un dictionnaire des acteurs de l’éducation en Aquitaine bien entendu !

L’Histoire : Qu’est-ce qui se dégage de la recherche de l’histoire de
l’éducation ?
Marguerite Figeac : Que l’éducation s’adapte toujours à l’environnement social auquel elle a affaire. Éducation et société vont de pair. Si le but a toujours été de former les élèves à l’esprit critique, les manières pour y parvenir évoluent en fonction du contexte. Le contexte est essentiel. Les élèves d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’autrefois ; les techniques non plus.
Le passage de l’encre au stylo à bille a changé la manière d’écrire, comme est en train de le faire le passage du stylo à bille à l’écran d’ordinateur.
L’évolution des techniques fait que l’éducation s’adapte, avec parfois des ruptures. Il est donc important de conserver la mémoire de ces ruptures, afin de remettre en perspective et de penser notre système éducatif. Nous aider en quelque sorte du passé pour construire le présent et surtout l'avenir en évitant de sombrer dans des clichés qui n'ont fait finalement que détruire l'École .

Pour en savoir plus : www.patrimoine-aquitain-education.fr

Par Camille Barbe