Nuit blanche à Fontevraud

Dans la nuit du 23 au 24 juin, l'abbaye de Fontevraud se transforme en "Cité idéale" pour accueillir artistes, intellectuels et scientifiques. Au programme, concerts, spectacles, expositions, conférences et tables rondes. L'historien Jacques Dalarun, le politologue Gilles Kepel et le philosophe Paul Thibaud seront notamment présents pour débattre autour du thème "La démocratie, une invention permanente"...

 

Le Moyen Age occidental est d'ordinaire considéré comme une sorte de trou noir de la démocratie. Certes, on ne manquera pas de citer telle ou telle assemblée nordique des hommes libres, le régime communal qui se développe avec la renaissance urbaine du XIIe siècle ou le début du parlementarisme anglais avec la Grande Charte, concédée par Jean sans Terre aux barons en 1215. Mais, dans la sphère civile, ces tentatives limitées ne pèsent guère face à la suprématie du principe dynastique : partiellement entravé dans l'Empire germanique par le pouvoir électif des grands seigneurs, il s'affirme sans ambages dans les monarchies et, par le biais de la féodalisation, s'insinue jusqu'aux plus infimes détenteurs d'une parcelle de la puissance publique.

Le problème se posait tout autrement dans la sphère religieuse. Sans doute les atermoiements sur le célibat des prêtres laissèrent-ils se constituer de modestes lignages cléricaux. Sans doute le népotisme joua-t-il fréquemment un rôle dans la promotion des évêques, des abbés ou des papes. Mais, globalement, la chasteté à laquelle l'appareil ecclésial était tenu rendait par principe impossible une transmission des charges par le simple jeu de la filiation biologique. Il fallut inventer.

L'exemple venait de l'Église primitive. Pour remplacer Judas au sein du collège des apôtres, deux candidats avaient été présentés : Joseph, appelé Barsabbas, et Matthias. « En priant, ils dirent : "Toi, Seigneur, qui connais les coeurs de tous, montre lequel tu as élu de ces deux-là pour assumer ce ministère et cet apostolat dont Judas s'est détourné pour aller en son lieu." Ils tirèrent au sort ; et le sort tomba sur Matthias, qui fit nombre avec les onze apôtres » Actes, I, 24-26.

Autre texte fondateur, dans l'univers monastique, la règle bénédictine, composée vers 530 et imposée en 817 à tous les monastères de l'empire par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, précise : « Dans l'ordination de l'abbé, qu'on considère toujours cette raison : que soit institué celui qu'aura élu soit unanimement toute la communauté, inspirée par la crainte de Dieu, soit une part même petite de la communauté, par un plus sain conseil. »...

Pour lire l'article en intégralité : 

Moyen Age : la démocratie au couvent, par Jacques Dalarun, L'Histoire n°377, juin 2012, p. 8.

Pour en savoir plus sur l'événement "Une nuit à l'abbaye, la Cité idéale" :

www.laciteideale.com