Tour de France, le dopage va-t-il tuer le sport ?
Avec l'interpellation du coureur Rémy Di Gregorio, le Tour de France est à nouveau empêtré dans une affaire présumée de dopage. Dans L'Histoire n°276, le spécialiste Yvan Gastaud revenait sur ce problème, devenu de société. Extrait.
Volonté politique des pouvoirs publics, dont témoigne le vote de la « loi Buffet » de protection de la santé des sportifs et de lutte contre le dopage en mars 1999, intérêt accru des journalistes, mobilisation de la police des douanes et de l'appareil judiciaire : le dopage est devenu une question de société.
C'est l'affaire Festina qui, lors du Tour de France 1998, révéla l'ampleur du phénomène. Le 8 juillet, un soigneur de cette équipe belge était intercepté par les douaniers français près de Lille en possession de 500 doses de produits dopants. Après ouverture d'une information judiciaire, perquisitions et nombreuses mises en examen, l'affaire prit un tour médiatique. Pour la première fois des preuves révélaient que, loin d'être un acte isolé, le dopage relevait d'une pratique massive et organisée, appuyée sur une riche pharmacopée.
Le scandale fut d'autant plus retentissant qu'il mettait en cause l'un des meilleurs coureurs français, Richard Virenque : après de multiples tergiversations, celui-ci fut contraint de passer aux aveux lors du procès Festina, en octobre-novembre 2000 devant le tribunal correctionnel de Lille.
Si la lutte contre le dopage est récente, les conduites addictives ne datent pas d'aujourd'hui. Au début du XXe siècle, les médecins prescrivaient ouvertement des stimulants aux sportifs : phosphore, alcool, arsenic, morphine, association de strychnine et de camphre, ou préparations enrichies en protéines. Et, jusque dans l'entre-deux-guerres, on ne s'inquiéta guère que du dopage des chevaux.
C'est dans le milieu cycliste, particulièrement exposé, que les affaires les plus importantes ont éclaté. Les amphétamines, injectées par seringues spéciales que l'on pouvait désinfecter le soir à l'hôtel à partir d'un branchement sur une prise électrique, étaient la principale substance dopante utilisée par les coureurs.
Ce produit, dont l'usage s'était d'abord développé durant la Seconde Guerre mondiale chez les pilotes de la Royal Air Force, puis chez les alpinistes, permettait de réduire la souffrance tout en stimulant le psychisme.
Jusqu'aux années 1970, certains soigneurs ne faisaient aucun secret de la mallette renfermant « la petite famille des amphétamines » qu'ils transportaient : dans cette « famille », la « mémé » était le Mératran ; le « pépé » , le Tonedron ; la « petite lili » , le Lidepran et le « cousin riri » , la Ritaline.
Dès les années 1950, pourtant, plusieurs incidents avaient perturbé les compétitions. Lors du Tour de France 1955, après le malaise causé par un abus d'amphétamines du coureur Jean Malléjac, son soigneur fut exclu. En 1957, un jeune cycliste amateur trouva la mort en compétition après avoir avalé une potion mal dosée en arsenic. Lors du Tour 1962, douze coureurs furent contraints à l'abandon au prétexte qu'ils avaient été intoxiqués par des soles avariées, alors qu'ils avaient absorbé un mélange à base de morphine... Ces affaires suscitaient l'inquiétude d'une partie du peloton. Le très populaire Raymond Poulidor pouvait ainsi déclarer : « Le doping me fait peur. »
Les médecins officiels du Tour de France et du Tour de l'avenir, Pierre Dumas et Robert Boncourt, alertèrent l'opinion et les pouvoirs publics sur les dangers du dopage. Grâce à leurs efforts, une première loi antidopage tendant « à la répression de l'usage des stimulants à l'occasion des compétitions sportives » fut promulguée par le Parlement en juin 1965 ; elle fixait la « liste noire » des produits interdits.
Il s'agissait d'une affaire de santé publique, mais aussi de morale. Le sénateur MRP Jean Noury donna le ton : « L'athlète qui se dope en vue d'une compétition est un tricheur ! Il triche en cherchant à augmenter artificiellement son rendement, il vole son classement. »
Les premiers contrôles inopinés furent effectués lors du Tour de France 1966. A Bordeaux, le 28 juin, les tests révélèrent que quatre cyclistes avaient absorbé des amphétamines. Le lendemain, lors de l'étape Bordeaux-Bayonne, les coureurs protestèrent par une grève : soutenus par la foule, ils marchèrent vélo à la main quelques centaines de mètres...
Pour lire l'article en intégralité :
Le dopage va-t-il tuer le sport ?, par Yvan Gastaut, L'Histoire n°276, mai 2003, p. 76.
Pour en savoir plus :
Ne faut-il pas autoriser le dopage sur le sport ?, Les grands débats.
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