Zarafa, une girafe en offrande

Mercredi 8 février sort dans les salles le dessin animé de Rémi Besançon et Jean-Christophe Lie, "Zarafa". L'historienne Catherine Hodeir revient sur le périple de la girafe offerte au roi Charles X par le Pacha Mehemet Ali.

Dans le désert ou ailleurs, jamais ne te contente de ce que tu vois. Parole du vieux conteur africain qui, dans le dessin animé de Rémi Besançon et Christophe Lee, déroule les aventures de Zarafa, la girafe qui, accompagnée de Maki, son jeune protecteur, d’Hassan « l’homme bleu du désert » et de l’aéronaute « à la Jules Verne », le Français Malaterre, affronte les péripéties d’un voyage à rebondissements vers la capitale. L’exposition Zarafa, au Cabinet d’Histoire du Jardin des Plantes à Paris, nous permet de décrypter la véritable histoire de la girafe de Charles X.  

Zarafa était un cadeau diplomatique offert au roi Charles X par le Pacha d’Egypte Mehemet Ali  : pour contrebalancer l’effet désastreux, dans l’opinion publique française, de la participation de l’Egypte à la guerre, aux côtés de l’Empire ottoman, contre les Grecs en rébellion, le consul de France a suggéré au Pacha, le don de cet animal presque fabuleux.

Capturée à Sénnaar, sultanat du Soudan récemment soumis à l’Egypte, la girafe, âgée de 25 lunes (environ 2 ans), entreprend, en 1826, un premier voyage vers Alexandrie : plus de 2500 km à pattes dans le désert puis en felouque. Elle fait, par bateau, une traversée sans encombre de la Méditerranée. Contrairement à la situation imaginée dans le dessin animé, Zarafa n’aurait pas pu croiser la Bouboulina, héroïne de la rébellion grecque mais disparue depuis 1825.

A Marseille, la girafe est accueillie par le professeur de zoologie du Museum d’Histoire naturelle de Paris et ancien savant de l’Expédition d’Egypte de Bonaparte, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, celui-là même qui, en 1815, dans l’équipe de Cuvier, avait « mesuré » Sawtche – Saartjie Baartman, de son nom afrikaner-  la Venus Hottentote.

En mai et juin 1827, accompagnée de deux Soudanais, la girafe accomplit, à pattes,  le trajet de Marseille à Paris, acclamée à chaque étape : Aix en Provence, Lyon, Arnay le Duc… Pour la nourrir, trois vaches laitières – dans le film, les inoubliables vaches jumelles du Tibet,  Mounh et Sounh.  

La girafe est officiellement présentée au roi Charles X, le 9 juillet 1827, au château de Saint-Cloud.

Puis elle prend ses quartiers à la ménagerie du Jardin des Plantes : en un été, 600 000 spectateurs viendront l’admirer. Atir, son soigneur, en habit d’apparat ottoman et coiffé d’un turban blanc, la montre au public. Une girafomania s’empare alors des Français : papier peint, assiettes, carnet de bal et même coiffure « à la girafe » pour les femmes à la pointe de la mode… Les caricaturistes des journaux d’opposition, malgré la censure, croquent la girafe en la déguisant en uniforme de Charles X !

Dans le dessin animé, le jeune Maki, inséparable de Zarafa, devient, à Paris, l’esclave de la famille de Moreno, aventurier français cynique et sans scrupules. Situation totalement improbable puisque, si l’on compte quelques milliers de Noirs dans la capitale, l’esclavage est interdit en métropole. Et même, en 1827, vient de se terminer L’Affaire Dreyfus nègre par la libération du Martiniquais Cyrille Bissette, auteur d’un libelle en faveur des hommes « de couleur » libres pour lequel il avait été condamné aux galères !  

La girafe restera au Jardin des Plantes pendant 18 ans. Puis son corps, naturalisé, sera envoyé au Museum d’Histoire naturelle de la Rochelle où l’on peut encore l’y voir.

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"Zarafa", dessin animé de Rémi Besançon et Jean-Christophe Lie. Sortie en salles le 8 février. A voir absolument.

A voir également deux expositions :

"Zarafa, la véritable histoire de la girafe de Charles X", au Cabinet d’Histoire du Jardin des Plantes à Paris. Du 25 janvier au 30 avril 2012.
"Zarafa, superstar", au Museum d’Histoire naturelle de La Rochelle. Du 17 janvier au 15 mars 2012.

Par Catherine Hodeir